lundi 14 mars 2022

Why did you do it (Stretch)




Quelques heures auparavant, la lune dardait les blés de la Beauce.
Vitres légèrement entrouvertes, j'avais senti la seiche au vent dans le juin solitude à travers les éoliennes.
Je roulais en écoutant le "why did you do it" qui résonnait dans la voiture.
Avant Orléans,
Des nuées de colère avaient noyé un ciel tango reflétant la beauté du diable qui serpentait dans les reflets de la nuit comme des écorces de fruits mûrs dont les dessins m'accompagnaient jusqu'à la traversée du pont de Blois.
Je bifurquais sur la rive droite,
La Loire tranquille, proche de moi, je suivais le cours.
Je n'allais pas tarder à découvrir l'ombre sournoise colportant les courants invisibles.
J'approchais, d'Amboise la Bourgeoise.
Je préférais faire une pause sur la berge de Montlouis comme au beau vieux temps où j'ouvrais le coffre pour boire un café chaud thermos.
Bien qu'il était encore tôt pour la réveiller.
Je pensais que dans la mare aux secrets, la source allait renaître de ses profondeurs.
Comme une affirmation qui frisottait dans les fumées de l'aube.
Je la voyais se débarbouiller le visage, les mains en corolle, telle la première fois...

lundi 7 mars 2022

Sophie aime les belles choses


 

Habillée en robe longue évasée, ballerines beige, la nuque dégagée.

Je l'aperçois au loin.
Sophie aime les petits conseils, je ne vais pas lui gâcher ce plaisir.
Après tout ! Je suis le meilleur vendeur de la boutique.
Aujourd'hui, j'ai envie de plafonner la bourgeoise de Neuilly.
Le petit bouchon ondule devant moi.
Je prépare mon petit matériel de pêche. Je sais que le poisson est coriace.
Nos regards se devinent,
Je m'approche doucement en respirant son parfum.
D'un air hautain,

"Que me conseillez-vous avec un homard breton? Je reçois Belle maman ce soir, il faut que je file ensuite chez le poissonnier !

Je pose les questions d'usage. Histoire de lui fourguer le corton-charlemagne grand cru 2009 à 175 euros.
Le mets est noble. La chair délicate,
Je suggère,
Un côté minéral en attaque de bouche, une matière puissante sans lourdeur.

Laurent, suis pressée.

Attention avec ce chardonnay, en tries sélectifs. On part sur la finesse.
La texture enveloppe le palais avec une belle longueur.
L équilibre est parfait. L'acidité apporte juste la fraîcheur.
A part ça,
Sophie ! Un moelleux avec une sensation de douceur qui s'exprime sur un bouquet de fleurs blanches.
Elégance, une pureté dans la quintessence.
0n pianote sur des notes crescendo.
Avec ce millésime 2009,  Le sens est musical.
En effet.
(je fais exprès de feuilleter le registre des millésimes exceptionnels réservé à nos grands clients).
je la vois qui commence à rougir. Hum! Je déroule tout doucement le moulinet.
Je remonte un peu de fil, comme on ferre une carpe.
Comment être patient sur le fond où la carpe se nourrit.
Comment lutter, passer l'épreuve de la longue attente.
je fixe le flotteur. Le bouchon s' enfonce peu à peu. Je commence à sentir la tourbe.
je me prépare à descendre dans la cave, chercher le Bourgogne blanc de chez Bouchard Père et fils.
Mais la carpe est méfiante. Soudain!
Sur un ton persuasif!

Vous me l'avez déjà proposé la dernière fois. Je m' orienterai plutôt vers un Pouilly-Fuissé. Comme vous me parlez si bien d' opulence. La revue des vins de France en fait aussi l'éloge!

Exact !
Je me dirige vers les références Pouilly-Fuissé.
Là ! j' ai un millésime 2010 cuvée parcellaire. Travail soigné. Vieilli en fûts de chêne français 18 mois. On découvre des arômes de fruits secs, amande grillée évoluant sur une complexité aromatique.
L' attaque est légèrement beurrée. Notes torréfiées prédominantes alternées de fleurs blanches. 
Coup de Cœur guide Hachette !

Quel est son prix?

Seulement 75 euros.

Vous n'avez rien en dessous. Je suis avec Belle maman, pas avec le préfet! 

Oui, quel est votre budget?

Ici, n' est pas la question. Je cherche un bon vin. Vous connaissez votre métier Laurent. Autrement, je ne serai pas là. Je vous accorde ma confiance!

Oui bien sûr,
J' ai un autre Pouilly, millésime 2016 à point ! Avec un nez évoquant un goût de noisette. En attaque, 
c'est légèrement ample, riche en fruits. Touche miel, fleur d 'acacia, bouquet subtil.
Le gras commence à s'installer sans dénaturer une bouche sensible.
Belle longueur. S'arrondissant sur des notes de fleurs blanches avec une tonalité chèvrefeuille.
Un panier de printemps !

Voilà parfait! Mais, elle est à combien cette bouteille juste à côté?

Comment...Euh...Où… Celle-ci?
Le Pouilly-fumé 2018 à 12,50 euro. C'est trop minéral. C'est l'opposé du Pouilly-Fuissé. On est sur un sauvignon non évolué, aux saveurs empyreumatiques. Silex, pierre à fusil. Trop sec pour la chair du homard !

Justement, je crois que Belle maman aime bien le côté, comme vous dites si bien. EMPYREUMATIQUE. 
Parfait !
Tiens, vous avez des bouchons de champagne? Vous les vendez combien?


Non, je les offre pour les clients.

Ils sont beaux !

Oui, ils sont en inox.

Ah, ce sont des cadeaux que vous donnez à vos clients?

 Oui (je commence à grimacer).

Belle maman adore le champagne!

Justement, j'ai un coffret Deutz spécial pour la fête des mères.
Nez expressif, on voyage sur une première approche de notes de pain grillé. Perlage d' une grande finesse grâce à un affinage en cave.
Mûrissement sur lies pendant 3 ans évoluant sur des arômes d'agrumes en finale de bouche.
Bonne persistance. Belle intensité. Petites bulles fines laissant une sensation de mousse caressante sur les lèvres.
Le tout présenté sous étui gaufré, raffiné avec languette aimantée.
Idéal pour ne pas arriver les mains vides. Extraordinaire (j'articule bien EXTRA) Belle maman sera ravie.
Le dosage est légèrement brut sans être vineux. A déguster avant, pendant ou après un repas.

Désolée, mon mari a déjà fait une résa la semaine dernière chez Moët sur des cuvées spéciales, avec dégorgements récents pour tout vous dire. J' aime quand vous parlez champagne!

Le flotteur a disparu, d' ailleurs, je n'aime pas le goût de la carpe.

Vos bouchons sont magnifiques, Laurent !

Vous trouvez.
Elle en prend un dans la main, ses doigts sont ceux d' une pianiste. caresse,  repose le bouchon en me regardant.
Je sens un goût vaseux dans ma bouche.
Vous en voulez combien?

Je n' ose pas vous dévaliser. Il faut que vous les gardiez pour vos clients qui achètent du champagne.

(Quelle garce)

Je lui donne une boîte de 5 bouchons gratos et je scanne la bouteille à 12,50 euros.
Ecœuré, elle vient de choisir le meilleur rapport qualité/prix du magasin.
Je regarde mon collègue. Louis vient de faire un ticket à 275 euros avec Robert, la mine patibulaire qui repart avec son caddie à roulettes.

mardi 1 mars 2022

La quiche selon mon amie blogueuse Pomme

 



J'essaierai bien aussi la Tourte Lorraine aux trois viandes, attendons un peu les premiers froids.
A part la noix de muscade, j'ai tous les ingrédients.
Donc, je vais essayer la recette de Tante Titine (Par ici la bonne soupe, tiroir de gauche, le blog de Pomme "J'ai descendu dans mon jardin")


Une bonne quiche sera la bienvenue. Pas le machin pâteux et mal réchauffé des bistrots et des grandes surfaces, non! Une vraie quiche lorraine, une quiche de famille et vous allez voir que c'est aussi simple de faire bon que n' importe quoi.
Il vous faut une abaisse de pâte BRISEE; la pâte feuilletée est une hérésie en quiche. Là je suis tolérante; la pâte brisée est facile à faire, mais celle qu'on trouve en grande surface est correcte.
Ensuite un morceau de lard de poitrine maigre, fumé. Un morceau qu'on détaille est meilleur que les lardons prédécoupés. Vous le goûtez; s'il est trop salé, jetez-le dans de l'eau bouillante. Sinon, vous le répartissez sur la pâte.
Important! N'utilisez pas un moule à tarte, mais un moule à manqué: il faut un bord haut, pour que la "migaine" ne dessèche pas.
C'est quoi la "migaine"?
C'est deux œufs entiers + deux blancs, un bol de lait + un peu de crème fleurette, bien battus. Une pointe de muscade, un peu de poivre et pas de sel, le lard suffit.
Vous enfournez à four chaud jusqu'à ce que la quiche soit bien dorée; vous vérifiez à la pointe de couteau qui doit ressortir sèche.
Un point de discussion: fromage râpé ou pas fromage râpé? Chez nous pas! En fait, plus on s'approche de la Suisse plus la réponse change, mais... chez nous, pas!
Alors le secret d'une bonne quiche réside en deux points: pour les oeufs,plus de blanc que de jaune.
Et aussi la hauteur des bords: la quiche est proche du flanc ou du soufflé (et d'ailleurs en montant les blancs en neige, on en fait un soufflé) et s'éloigne de la tarte.
La muscade aussi est importante et la qualité du lard.
Bon, je crois n'avoir rien oublié... si, une pensée pour ma tante Titine qui avait bien d'autres recettes dont les beignets de Carnaval qui doit se trouver quelque part ici ou sur l'Almanach. Si vous ne la trouvez pas, réclamez.
Un jour aussi, je vous raconterai sa soupe purée aux poireaux ou la "basconnaise" et puis le riz au lait et les steaks de pauvre de sa sœur: la Mémère Clémentine... et puis, et puis... oh! Ça me reviendra…
Mais... attention! Si j’entends encore le mot "quiche" employé comme injure.... vous vous ferez tintin pour la suite...
P.


vendredi 25 février 2022

Le Bois de Cise


 


C’était une bohême réceptive qui cueillait l'instant, je n'étais pas étonné qu’elle éprouvât le désir de s'allonger sur le sable.

C’est un geste naturel, dès que la vie bourdonne, on a ce besoin vital d’être en communion avec les éléments.
Bien qu’elle m’invitât à la rêverie, je pensais que ça allait durer 2 plombes!
Adieu  le resto "Le Homard bleu".
Quand j'y pense, j'exagère !
Dans un décor bucolique, j'entendais battre son petit cœur comme un petit animal dont le rythme m'attendrissait. N’y a pas à dire, quand vous avez la nuque calée dans les seins. Ça cadenasse vos angoisses. C’est comme un soleil en cloche puis vous fermez doucement les yeux. Vous sentez la ruche bourdonnante comme un emplâtre vivifiant vos raideurs cervicales.
A Mers les Bains, sur la jetée, il y avait bien la marchande de frites.
Dos à dos sur la bordure, comme des ados, nous nous languissions de nos sandwiches américains. Je crois que je n'ai jamais pris autant de temps pour croquer un encas. Les deux corps collés.
Opposés, le temps d'aimer...
Il n’y a que les femmes qui ont ce pouvoir de nous faire glisser les nuages.
D’un ciel dégrafé, les yeux ouverts, comment ne pas oublier le bruissement de sa robe...
Du bas de la falaise. Je voyais le monde tourner comme un cerf-volant.
De nos tignasses peignées à la diable, de nos lèvres noires
De ces baisers mielleux comme un bateau qui se coule dans la ruche.
La mer était belle.

dimanche 6 février 2022

Cette Jasnières

 




Parfois dénommée Valentine, je l'imagine blottie en Val de Loire.

A cet endroit, les rêves sont caillouteux, riches en argile à silex, ce qui lui confère un goût de terroir différent. Un goût distinctif pour chaque parcelle visitée. Voilà une jasnières normalement sèche avec un moelleux souvent subtil qui, à chaque dégustation ravive l'histoire de l'Homme.

D'ailleurs, je ne me suis pas trompé,
C'est une jasnières qui sait vieillir.
Par exemple :
... Une valentine de 67  foudroyée par Boppe en 1985 dans la forêt des Carnutes reste une curiosité à visiter.  Si d'aventure, votre imagination déborde, sachez que son bois de flottage issue des marine de guerre royale a su conserver des notes minérales de pierre à fusil et des arômes délicats qui restent malgré le poids des ans ,
d'une fraîcheur exceptionnelle,

Quoiqu'il en soit, profitez d'un début d'automne pour apprécier le chenin mûrir sur son côteau. Dans les brumes matinales, le raisin se gorge de sucre, favorisé en cela par un champignon accélérant le phénomène. Alors, avec infiniment de douceur, et réchauffé par la lumière naturelle du jour, vous verrez le fruit en grappes s'enivrer de miel et de fleurs blanches à travers l'alignement des vignes.

A la dégustation, ce qui intrigue, c'est d'abord sa robe de couleur foncée. A la première gorgée, vous avez l'impression qu' un soleil des Highlands fond dans votre bouche. Comme la neige sur une lande écossaise, mélange de whisky et de bruyère.
Cette jasnières de la Sarthe, caressée sans cesse dans le soleil, cachée des méandres du Loir . Par sa complexité d'abord, son goût épicé. Et à la manière de délivrer des parfums intrigants que l'on s' imagine, parfois appartenir à un clan.
Du soleil, elle garde une note fruitée de coing, d' arômes citronnés. Un vieil or à reflets qui vous entraîne loin, sur des territoires inconnus.

Un conseil, mariez-la avec la lumière du jour,  Accompagnez-la de quelques nuits vapeur et pourquoi pas, à la lueur d'un bivouac improvisé?
C'est une tendresse qui mijote au coin du feu des hommes. Certains gourmets l'associeront à des coquillages mais dans l' absolu, dégustez-la  NATURE.

jeudi 3 février 2022

La falaise

  

La chaleur suffocante rendit pénible

Le passage dans ces bois denses et sombres
Mais quand le bleu de la mer fut visible
Le sentier devint presque sans encombre
Comme animée d'un second souffle
J'accourus
Vers cette éblouissante étendue



A court de force et sans guide
En bordure de la falaise
La proximité du vide
Paralyse les jambes tant elle pèse
C'est pourtant des sommets
Qu'on y voit le plus clair

Au large, devant la nuit un voilier blanc
S'approchait de l'eau calme près des terres
Au large de ma vie le ciel brûlant
Avant de s'éteindre fit la lumière
Sur le détour permettant d'éviter
Le récif de corail immergé

A court de force et sans guide
En bordure de la falaise
La proximité du vide
Paralyse les jambes tant elle pèse
C'est pourtant des sommets
Qu'on y voit le plus clair

Comme animée d'un second souffle venu
D'une telle éblouissante étendue

A court de force et sans guide
En bordure de la falaise
La proximité du vide
Paralyse les jambes tant elle pèse
C'est pourtant des sommets
Qu'on y voit le plus clair

A court de force et sans guide
En bordure de la falaise
La proximité du vide
Paralyse les jambes tant elle pèse
C'est pourtant des sommets
Qu'on y voit le plus clair.




Paroles et Musique: Diane Tell   1982

mardi 1 février 2022

J'ai toujours confondu

 


J'ai toujours confondu la cerise de Montmorency avec le noyau de Poissy. Mais là ! De croire que cette griotte à l'eau de vie se déguste jusqu'au bout des doigts.

Avec Marie, je n'ai jamais connu l'après pluie. C'est vrai que mon arrière grand-mère chantait bien "Le temps des cerises"

Quoique avant ou après la pluie...

Quand je suis sur la route. Je m'arrête souvent dans le zinc du coin. Une tasse de café chaude collée à ma bouche. Ca me fait toujours sourire.

Même en hiver, je peux retrouver mes esprits et boire lentement le grain de sa peau.

Humm...Sentir l'écorce de son âme cerise dans le philtre du paysage.

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