mercredi 17 janvier 2018

jeudi 11 janvier 2018

Futuroscope

Je m’étais confortablement installé dans le fauteuil comme les spectateurs avec les lunettes 3 D.
Emporté par le cinéma dans le style des années 30 par ces femmes longilignes.
Cambrées dans leurs robes courtes,  l'allume cigarette au bout des doigt, la coupe garçonne avec le collier de perles qui fait briller la luisance de la peau, n'attendant plus que dans la prunelle, l'instant tango qui les enflammerait dans le cabaret enfumé de Buenos Aires.
L'aviateur n'allait pas tarder à décoller....
Ce zinc qui allait s’échouer dans la Cordillère des Andes. Au même moment dans le décor de la cuisine, son épouse préparant un plat en compagnie de son chien.
Le vent et la pluie cognant sur la fenêtre.Comme pour annoncer,
Les pétarades de L’engin… Le clair-obscur. Vertige dans les déferlantes...Pour se dire que c’était un peu sorcier de prendre l’avion à cette époque et qu’il  fallait vraiment être courageux pour conduire ses drôles de zinc de l’aéropostale.
Et l’homme, pas si malin que ça ...Malgré la chance d'être en vie. S’extrayant de la carlingue.
Esseulé dans l'immensité, regardant à perdre de vue les grandes étendues de blanc.
 (J'me disais bonhomme, je ne voudrais pas être à ta place)
Mais de voir ce héros partir à la conquête de l’inconnu, bagage à la main. Prêt à franchir les limites de la conscience. Quand même, il n’y a que le sens de l’instinct qui pousse l'homme dans ses retranchements.
Moi qui n’avais jamais lu en entier le bouquin  de « Terre des hommes » ou juste quelques bribes me rappelait ces héros oubliés qui resurgissaient.

Dans une nature hostile, en plein blizzard,
Le voyant s’agenouiller dans la neige, se relever d’épuisement. En soliloquant  le nom de " Noëlle" pour que sa femme puisse toucher l’assurance-vie, (Pendant que celle-ci, calfeutrée,  inquiète dans la lumière douce du salon, écoutant la météo à la radio.)
Continuant dans la neige, se remémorant dans le froid atroce que la prime d’assurance ne peut être touchée.  Que si  le corps de l'homme est retrouvé.
Se roulant dans la neige, les gélures au corps où dans ces conditions, le temps paraît une éternité.
Les doigts esquintés, escaladant les parois rocheuses pour encore franchir trois cols, et finalement rejoindre le premier village habité.
Au prix de la vie suprême, exténué de force. Finalement retrouvé par un berger (je crois même que le plus courageux des homo ergaster n’aurait pas fait mieux).
Cinq jours d’un combat avec le mental, l’animalité et le doute de la mort.
Il y a  tout ce sens, que j’appellerai  ici « folie » de tout ce que l’on peut faire par amour.
Quand il tombera dans les bras de son ami Antoine de Saint-Exupéry,
Il ne pourra s'empêcher de dire...
« Ce que j’ai fait, je te le jure, aucune bête ne l’aurait fait »

jeudi 21 décembre 2017

La marchande de saison

J'entrais dans le vestibule, collé à cette foule compacte.
Sous les étals éclairés, mon corps résonnait. 
Sous le cliquetis des bijoux, une femme aux nombreux bracelets vantait les produits de sa Charente natale. 
Quelque coup d’œil, juste le temps de déglutir le pineau rouge.
Mon Dieu! Qu'elle était belle! 
Mes lèvres gonflées de désir.
J'avais l'impression de voir dans un tournoiement de feuilles mortes, une danseuse de feu réveillant sa terre cognac autour d'une verdine éclairée de lune allumant un brasero aux arômes floraux et poivrées.
Comme le regard éternuant la mélancolie des voyageurs.
Je la regardais danser. Gadjé.
Sur la jetée,  je faisais les cents pas avec mes bouteilles brinquebalantes. Face à la mer, m'asseyant sur le banc, j'entendais encore les grelots. Emporté par le taraf du coeur.
je voyais sa silhouette se cambrait devant moi. Les mains sur les hanches hurlant une senteur marine rafraîchissant mes pensées.
Sans rien savoir de ces migrations lointaines ni de son visage s'enivrer du souffle des Carpates. J'imaginais cette belle prise quand elle s'était jetée dans la lumière.
Avant que le vent d'hiver me ramène les vagues de cette jupe ample.
Je pensais à ce premier instant, quand le vent du nord s'enroule un soir d'été...

lundi 11 décembre 2017

Un petit mariage de campagne

Les familles se disloquaient le long de la petite route de campagne.
Je me souviens encore des pas qui crissaient sur le gravier, de ce vent soulevant les vêtements.
Le porche de l’église romane dans la pâle lumière de décembre avant que ne résonne « Gloria in excelcis Deo »
La mariée, au bras de son père avançant doucement  jusqu' au transept, teinté  de » Terre d’espoir qui réveillait le chœur d’Elgar. »
Le bouquet rond champêtre dans la légèreté de la main,  dans la portée
De
Frantz Schubert –«  Avé Maria »,
Haendel –«  Alleluia »
Ainsi que,
Borodine, Verdi et d’autres dont j'ai oublié les noms.
Mais la clef la plus saisissante,
C’était la sortie des mariés dans la pénombre,
Un lancer de confettis, de riz, de pétales roses, blanches qui tournoyaient dans la nuit, le tout bercé par le son des cloches.

mercredi 8 novembre 2017

Escale à Papeete

Papeete :
Une arrivée à Tahiti qui ne sera jamais inoubliable...Un ciel tahitien qui pleurait mais que le soleil omni-présent consolait vite. Papeete alignait devant nous ses plus beaux chalets, ses plus beaux bungalows et toute la population du sexe féminin qui attendait sur le quai avec leurs robes éclatantes et leurs jolis parapluies jaunes avec des colliers de fleurs encore une fois jaunes - (le jaune est toujours à la mode à Tahiti).
Tahiti, pays plein de charme. Le vrai paradis perdu. J'ai été ébloui et je n'exagère vraiment pas.
Ses belles montagnes. Au sommet de 2300 m avec ses brousses, une verdure luxuriante et incroyable, ses longs cocotiers qui se balancent que par leur grandeur, des arbres fruitiers partout, les magnifiques bananiers et les belles pamplemousses.
Ses belles plages avec leurs eaux chaudes de la mer et derrière les forêts avec des sources à eau naturelle et douce.
J'ai passé aujourd'hui une journée exceptionnelle dans la brousse. Evidemment je vous relate en gros, je ne pourrais jamais tout vous dire. Nous avons goûté à tous les fruits, bu le lait de coco. Nous avons frayé des passages à l'aide d'un coupe-coupe.
Des oiseaux par milliers, des verts, des violets, des jaunes nous souhaitaient la bienvenue. Nous avons été reçu dans des casemates indigènes de la tribu des roûroûrs (prononcez et faites rouler les r c'est le langage de Tahiti).
Ils nous ont donné de l'eau fraîche et ont été très gentils. Ils ont fait un chant en notre honneur, un chant sauvage qui a raisonné dans la brousse et dans la montagne. Et un tam-tam sonore qui s'est répandu très bien.
Tahiti vit dans la douceur, le calme quand le soir est tombé et les gens retirés dans leurs cases au toit de feuilles de cocotiers ou dans leurs chalets.
Dans la ville, autant d'allées et venues la nuit où partout les guitares bercent le bonheur, le rêve de ce paradis avec les plus belles filles du monde qui entonnent les airs combien charmants du Pacifique.
"Je chante ta romance dans le ciel immense". Puis ce sont des danses trépidantes, sauvages où tout le corps remue, vous rencontrez pas mal de femmes saouls où elles ont absorbé trop de whisky-doubles et dansent ce qu'on appelle ici le "tabouret" et toute la nuit dans le ciel étoilé les complaintes agréables et charmantes montent, montent dans leur ciel tahitien le plus beau ciel du monde.
Vie d'insouciance où les indigènes ne vivent qu'avec leurs guitares et les grands magasins sont tenues par les chinois et des chinois il y en a à Papeete.
Une pointe d'orgueil monte quand même aux français quand on voit notre magnifique drapeau tricolore bien haut qui flotte dans toute sa gloire et c'est pour nous quand même de posséder une île si magnifique. Un prestige qui n'est pas à dédaigner.

1957 - extrait d'une correspondance de mon père qui découvrait Tahiti.

lundi 30 octobre 2017

La cerise de Montmorency

J'ai toujours confondu la cerise de Montmorency avec le noyau de Poissy. Mais là ! De croire que cette griotte à l’eau de vie se déguste jusqu'au bout des doigts. 
Je n'ai jamais connu l'après pluie quoique m'arrêter dans le zinc du coin.
Même en hiver, je peux retrouver mes esprits et boire lentement le grain de sa peau. Voilà ce que je me dis sur la route.
Une tasse de café chaude collée sur la bouche. Ça me fait sourire.
Je n'avais pas pensé dans le philtre du paysage, au compte goutte, l'écorce de son âme cerise.

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