dimanche 31 mai 2015

Les incertitudes se lisent dans l'humidité odorante
Même
L’effervescence du calme me fait comprendre
Les belles phrases murmurées aux arbres, au vent
Aux couleurs invisibles
J'ai comme l'impression d'avoir perdu le goût des choses
Pourtant j'aime encore respirer les odeurs de fumée
Les pensées en deçà du silence
Les poussières d'ombres qui m'empêchent de voir clair
Où j’emmitoufle souvent la discrétion étrange d'un amour de solitude

dimanche 27 octobre 2013

Le jardin mauresque de la ville d'hiver



Je suis debout sur un banc, pieds nus, les mains dans le dos.
Dans le jardin du casino Mauresque où le théâtre de verdure San Carlito donne un spectacle de marionnettes. A titre princier, les places d' honneur sont toujours réservées aux enfants fortunés des villas chics du parc. L' une d'elles, mademoiselle Charlotte, assise dans un fauteuil en osier blanc chaise, crache des mouchoirs de sang de ses fines mains gantées. Vêtue d' un corsage violine recouvert de tulle, brodé de sequins groseilles et d' une cravate en frou-frou de chez Circa qui tranche avec la pâleur du visage émacié. Il n' y a que des gouvernantes pour mener les enfants au guignol, mais vous my God, vous avez la chance de votre mère. Tout à l' heure, madame Dubos de la laiterie du bocage viendra livrer, en carriole  ses bidons de lait de vache vaccinée. Sur avis médical, Charlotte ingurgitera son grand bol de crème, couplé à une eau de pin. Alors je la regarderai boire, fasciné attendant avec gourmandise, ce moment précieux où elle offrira son cou au breuvage encore fumant. Voire, entre deux quintes de toux, un sourire à la petite main qui, tous les matins, lui démêle son chignon dans l' un des salons de la villa - louée au mois, à l'angle de l' allée Velpeau.
Mais si son état, déjà pitoyable, continue d' empirer, elle partira bientôt, à l' aérium de la fondation Wallerstein d' Arès...
Il me suffit de fermer les yeux pour me remémorer avec certitude les allées en rondeur, le kiosque à musique, Place des Palmiers et les magnolias fleuris comme d' un jardin anglais. D'ailleurs, je n' ai jamais autant appris sur le cricket, la jelly ou les maisons Tudor que pendant ces longues semaines où je me suis instruit des raffinements de son éducation. Depuis la chambre des domestiques, sous les combles où je l'écoute dormir. Cette fois ci, demandera t-elle aux sœurs de la Sainte Agonie si Dieu et l'automne l'autoriseront demain, à porter une jolie robe de promenade? Ou du belvédère, me lira t-elle encore un passage de Wuthering Heights, ce livre étrange qui ne la quitte plus des mains depuis quelques jours?
Comme d' habitude, elle viendra prendre avant midi, un bain d' air saturé de sel. Devant le bow-window sans doute. Là où la ville d' hiver, mêlée d' effluves odorantes et de senteurs balsamiques, gemme des soleil revigorants. Un bienfait pour les curiste de la Grande Dune dont le lazaret à ciel ouvert n'est qu' un écrin de forêt maritime.

(Extrait texte Jonavin)

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