dimanche 23 août 2026

Un nombre parfait

 Le prêtre Armand Morel a un vieil accent lorrain. De profil, je peux lire l’alphabet de Dieu dans les voyelles de sa voix sonnante. Comme une peau moite, elle transpire puis s’essouffle à mots espacés. Dans l’écho des brodequins ferrés, tintent les tiraillements douloureux de son pas claudicant. D’une haleine, voilà qu’il rabâche en bon perroquet, les pèlerinages de Pentecôte et l’itinéraire de cette route régionale emprunté autrefois par Charles Péguy. Je l’écoute réciter un passage de la crucifixion, calquant mon allure à sa démarche engourdie. A perte de vue, l’ombre de mon bâton gangrène la terre humide. Les champs de blés verts habités de vent. Et le ciel, qui arrosé de gouttes froides colle aux chemises. C’est un vent d’orage. Un vent boiteux qui trébuche sur la lecture du prêtre dans ses images d’Epinal.

Sac à dos, une demi-douzaine de famille déambule le long des fossés. Contre les rafales, quelques scouts ci-et-là, brandissent mollement leurs bannières multicolores. D’autres encore, égrènent leur chapelet, tête basse, jambes lourdes, n’évitant plus les flaques qui désormais, reflètent l’image d’un cortège désuni.
Du macadam goudronné monte une odeur de mort lente. Dans le faisceau de plusieurs lampes torches, le ciel semble à peine éclairé.
L’aumônier s’arrête pour reprendre haleine. A cet endroit, le sol est caillouteux avec un chemin tissé de ronces jusqu' à la borne. Il écoute battre son cœur fatigué par l’effort. Je l’observe prendre appui sur sa badine. Un obèse du nom de Gaillac manque à l’appel, ce qui porte à six maintenant, le nombre de fugitifs ou de disparus depuis la veillée de prière.
L’averse torrentielle de cette nuit a trempé les sacs de couchage. Et peut-être anéanti le courage des plus fervents à combattre les doutes autour du bivouac. Dans ma besace, un jeu de dominos et une édition de poche du roman " Robinson Crusoé " ne sont qu’un alibi. Comme l’arsenic versé à petites doses dans son café brûlant.
Le père Morel n’a pas revêtu son costume ecclésiastique. Pas de longue robe boutonnée très haut ni de chapeau à glands comme le curé d’Ars dans " le sorcier du ciel ". Juste un pull à col roulé vert pomme. De son front large, un bonnet noir et quelques cheveux fillasse lui prête la crinière épaisse du bison. Longtemps, j’ai cherché dans ce visage poupin, une figure vieillie, amère, détestable. Mais je n’ai vu qu’un visage en pleine lune. Bouddha méditant sous son figuier. Et la coiffe en plumes d’aigle d’un chaman Arapaho. Comme la beauté du diable encorné pendant la danse du soleil, un totem dans un face-à-face spirituel entre la bête et le danseur. Je n’ai vu que mes crimes, fautivement quantifiables, atroces, calculés, prémédités.

texte Jonavin

mardi 11 août 2026

balade d'été

 Les couleurs étaient belles. La route droite,

Sous le soleil de juillet, je ne pouvais rien faire si ce n'est comprendre un peu le processus de la vie.
Avec infiniment de douceur, réchauffé par la lumière du jour, je voyais toujours ma destinée amoureuse à travers le pare brise.
La petite place de Marçon était calme avec ses murs de tuffeau reflétant une atmosphère dont je retrouvais le paysage suranné au goût de l'enfance.
Tout proche, l'église de la Sainte Vierge vêtue de son clocher tors.
Moment idéal pour casser la croûte au soleil.
Assis sur le banc, je découvrais l'ombre des arbres. Jadis, où j'avais croqué un silence de novembre.
Comme l’endroit s’y prêtait, j’imaginais ...

lundi 3 août 2026

(petits poèmes d'été première vendange)

 En ce début d'automne

Le Loir s'est assoupi
Dans les brumes matinales
Augustin est pensif
Une aile sauvage zigzague
Louise en robe légère
frissonne dans un manteau de vigne
Des odeurs d'acacias
d'abricots
Détalent du jardin quand elle s'approche
Dans l'instant, lui savoure les épices douces
La cannelle qui se mélange aux écorces d'agrumes
Et soudain
il voit des fruits en grappes s'enivrer de fleurs blanches
Et soudain
il imagine un soleil rougir de plaisir
Quand le matin berce les rosées tendres
D'un ciel éméché 

jeudi 23 juillet 2026

petit poème d'été

 


Allongé sur
le dos

yeux mi-clos

Hier, j'aimais

La douceur de tes doigts

Oscillant dans la seiche au vent
Chapeau de paille entouré d'un ruban
Flotte
L’insouciance
J’aime tout en toi
Quand tu sèmes à tout vent
Là, où ton ombre butine
Et caresse les peaux blanches
Libellule pour la tourbe légère
Bleu pour le ciel à contre courant
Libellule 
Bleu pour la romance du ciel

mercredi 17 juin 2026

Là bas

 


Après avoir quitté le pont de Sèvres, je roule sereinement qu'au rond point de Chartres, maintenant je peux passer par le jardiland du coin et suivre le cours du Loir, 

Il fait bon et j'aime le mois de juin à la pénombre.

En ce dimanche, mes incertitudes se mêlent encore au paysage mais je sais que la providence est au silence de la pensée. Hier, les émotions se superposaient sur des registres différents où mon cœur, mon esprit s'emballait dans le flou à chaque sms, à chaque entrevue de femmes différentes.

Les idées préconçues, les hypothèses, les projections sur des faits imaginaires m'empêchaient de voir clair.

Depuis, le silence des jours régule mon système émotionnel, telle une boussole et je sens les vibrations dessiner le bonheur de te rejoindre.

De toute façon, je ne sais même plus si tu habites encore cette ville.

Je ne sais même plus où tu es? ...Si tu es seule. Si je pouvais...

Là-bas, il y a le bout du monde

Les dunes, les coups de vents
L'océan qu'on dénude
Des coques de sable
Que le vent ébroue
Au risque d'égarer la perle rare
L'immunité acquise
en regardant le ciel
Les rochers sur l'estran
Mais quand la pluie mouille ton visage
Au loin du rivage
Je te trouve encore plus belle

vendredi 29 mai 2026

jeudi 7 mai 2026

J'ai envie de toi

J'ai envie de toi, tout de suite. Là, maintenant, te prendre sur le rebord du plan de travail, parfois sur un coin de table. Te serrer tout contre moi.
Coller mes lèvres de désir sur ta mousse onctueuse.
 Sentir la chaleur imminente de ton corps, 
Sensation longue  
Suave, sauvage, doux, épicé, fort, moelleux, fruité, corsé, frais, iodé
Exquis



Camille,


Ce soir, promis, je te ferai un petit. Fort, robuste et serré tout contre toi. Un petit que tu pourras choyer de tes mains et de tes lèvres. D'un nuage de lait, tu pourras deviner l'ébène de ses grands yeux noirs. Le grain de sa peau, l'écorce de son âme en cerise. Parce qu'en un mot, je sais où je t’emmènerai: à Rome.
Ce soir, Camille, je serais ton Barista. Ta fontaine de Trevi dans l'express de nos amours enivrantes. Sans amertume, j'inventerai ton ventre rond. Les envies de moka, les baisers en bouche. J'inventerai son regard un peu mousse, ses larmes brûlantes et toutes les vapeurs d'ivresse d'un philtre magique entre nous. Soudain l'hiver viendra fondre sur le bout de la langue. Tu entendras la poudre crisser, fouettée par la neige autour de tes doigts. En deux coups de cuiller à pot, tu pourras vivre chaque traction d'un enfant de la balle. Camille, pour toi, j'irai griller d'impatience mes incertitudes. Moulu de fatigue, boire la tasse à la fontaine. 

Je t'imaginerai Anita Ekberg, en robe du soir dans la Dolce Vita. Et quand les nuits deviendront floues, j'irai jeter une dernière pièce, à souhait...
Pourrai-je encore tourner le dos à ta crème de beauté? Oublier les parfums et les nuances de tes sourires, l'atmosphère excitante de nos corps l'un contre l'autre? Mais peut-être suis-je resté bébé...Ce que j'aime est en toi. J'ai tout préparé. Les bougies, la lumière tamisée, la chambre et les heures du réveil au compte-gouttes. Cet instant émotionnel où nous fermerons doucement les yeux.
Ce soir, promis Camille, je te ferai un petit. J'inventerai une eau-de-vie romaine. J'irai chanter des gloria. Je sais les promesses de mariage, les Mazagran du matin cafardeux, les cafés borgnes d'autrefois. Aussi j'apprendrai tes bouffées de chaleur, les présages payés au marc quand de mes yeux, grands comme des soucoupes, je vous emmènerai sur le zinc du petit prince. Ce soir, promis, mon amour, je te ferai un petit...café italien.
Mais viendras-tu?...

texte Jonavin

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