ALCOOLS
vendredi 29 mai 2026
jeudi 7 mai 2026
J'ai envie de toi
Ce soir, promis, je te ferai un petit. Fort, robuste et serré tout contre toi. Un petit que tu pourras choyer de tes mains et de tes lèvres. D'un nuage de lait, tu pourras deviner l'ébène de ses grands yeux noirs. Le grain de sa peau, l'écorce de son âme en cerise. Parce qu'en un mot, je sais où je t’emmènerai: à Rome.
Ce soir, Camille, je serais ton Barista. Ta fontaine de Trevi dans l'express de nos amours enivrantes. Sans amertume, j'inventerai ton ventre rond. Les envies de moka, les baisers en bouche. J'inventerai son regard un peu mousse, ses larmes brûlantes et toutes les vapeurs d'ivresse d'un philtre magique entre nous. Soudain l'hiver viendra fondre sur le bout de la langue. Tu entendras la poudre crisser, fouettée par la neige autour de tes doigts. En deux coups de cuiller à pot, tu pourras vivre chaque traction d'un enfant de la balle. Camille, pour toi, j'irai griller d'impatience mes incertitudes. Moulu de fatigue, boire la tasse à la fontaine.
Pourrai-je encore tourner le dos à ta crème de beauté? Oublier les parfums et les nuances de tes sourires, l'atmosphère excitante de nos corps l'un contre l'autre? Mais peut-être suis-je resté bébé...Ce que j'aime est en toi. J'ai tout préparé. Les bougies, la lumière tamisée, la chambre et les heures du réveil au compte-gouttes. Cet instant émotionnel où nous fermerons doucement les yeux.
Ce soir, promis Camille, je te ferai un petit. J'inventerai une eau-de-vie romaine. J'irai chanter des gloria. Je sais les promesses de mariage, les Mazagran du matin cafardeux, les cafés borgnes d'autrefois. Aussi j'apprendrai tes bouffées de chaleur, les présages payés au marc quand de mes yeux, grands comme des soucoupes, je vous emmènerai sur le zinc du petit prince. Ce soir, promis, mon amour, je te ferai un petit...café italien.
Mais viendras-tu?...
texte Jonavin
dimanche 12 avril 2026
Je suis chez le coiffeur
Je suis dans le salon
Pendant qu'on me shampoigne
j'entends le refrain de cette chanson
"Absence, absence mais pas l'indifférence"
Malgré les apparences, c'est à toi que je pense"
C'est étrange d'écouter ces paroles
"Je peux vivre sans toi et être à toi quand même"
"iL n'y a pas de loi pour prouver que l'on aime"
"j'peux pas expliquer ça"
"Loin des yeux, près du coeur"
Tous ces choses me touchent
Alors que je fais les cents pas dans ma tête
Si j'étais en Anjou, J'irai te chercher à la gare
Je porterai tes bagagesJe connais l'horizon du large
Il y a bien longtemps que je t'aime
Je t’emmènerai aussitôt sur "La jetée de la Loire"
Les murs tuffeau imprégnés de fumée
Au détour d'un village
Tu émerveilleras ton visage face à la Loire
Ce n'est pas un tour pour rien que te je propose
Aujourd'hui, j'ai un beau teint
J'ai ratissé quelques brindilles
je t'embrasserai à ciel ouvert
dimanche 5 avril 2026
Le pont de Gennes
J'aimais l'Anjou populaire du dimanche après-midi où j'appréciais "ces galipettes" au beure d'escargot garnies dans les petits pains cuits au feu de bois.
Ces champignons de paris,
Si énormes, qu'ils finissent de tomber par terre en se roulant dans les galeries souterraines saumuroises. D'où le nom "galipette".
jeudi 19 mars 2026
Au fond du regard
C'est un trou de mémoire où stagnent les éclaboussures d'une mère morte. Quand la douleur est vague, mon amour, elle n'emporte rien. Elle coule. Cette nuit pourtant, un brise-lames se pend dans le canal. J'entends son corps de brume sangloter un rire houleux. Et ton ombre au passage, qui ruisselle aux dernières cataractes, ne peut le secourir. De ce rire cristallin, résonne la plainte du puits perdu. Je l'entends, avec une âme qui grouille et des têtards de soupirs dans leurs bottes d'égoutier. Sous le battement de la pluie et des paupières, j'entends clapoter le collyre contre les grilles. Cette nuit, je te vois la peau nue, molle, humide. Mais peut-être que je ne sais pas voir, mon amour. Peut-être que cette douleur-là a simplement la cornée des sentiments rudes. Comme la tempête du soupirail. Comme le chagrin qui dessille à vivre dans les larmes. Hoquet, la souffrance disais-tu. Autour du globe, les pupilles sont devenus mousses par usure.
A l'orphelinat, combien sont allés cueillir les prunelles au fond du jardin? Combien, énucléés, explosent de joie dans la poudre d'iris? Soudain l'océan a quelque chose de sinistre. Il écume et fait jaillir ta colère. A ta respiration cutanée, je devine une lente métamorphose. En orbite sur des brisants épars. Parfois, j'aime m'attarder sur la lentille rousse de ton front. J'y vois une île de beauté. De cette mère jamais létale, souffle la bise. C'est une baie vitrée. La transparence d'un monde vu de loin. Là-bas, je me noie dans la liqueur de tes yeux. Si l'alcool rétrécit les pupilles, il allume aussi l'éclat du ciel. Ces voiles immenses qui entraînent la fange des caniveaux. Tu as toujours ces mots qui font rire le silence, comme les "cabines d'uvée" ou la "cour borgne des miracles". Ces mots échardes, éclairés, te donnent la juste lumière. Alors cette nuit, je te suis les yeux fermés, mon amour. Il me suffit juste de lorgner ton île, d'essuyer un grain. Et d'apprendre les marées au fond du regard...
(texte Jonavin)
dimanche 8 mars 2026
Je serai ton prince d'amour
Le prince charmant serait-il mort?
Les individus ne recherchent pas systématiquement et consciemment un conjoint qui leur ressemble. Selon le sociologue François de Sincly, ce phénomène désigne plutôt un résultat d'ensemble car "en raison des courants d'échanges privilégiés entre certains groupes de l'espace social, et en raison des répulsions qui font que même dans une société en mouvement certaines trajectoires ne se croisent jamais " les semblables (ou du moins ceux qui partagent une même culture de groupe) s'assemblent plus fréquemment.
Pour Michel.Forsé et Louis Chauvel, l'homogamie repose principalement sur le devenir social de chaque individu. ( L'homogamie est l'union de deux personnes du même groupe social ) Dans leur étude, l'Homogamie existe, prédomine mais se transforme : au final, le niveau social et culturel reste une composante déterminante dans le choix d'un potentiel conjoint. Bien évidemment, on n'aborde pas l'autre dans l'intention consciente d'identifier ces critères.
Bien plus pervers, le choix est biaisé par les différentes formes de socialisation et de sociabilité auxquelles participent les acteurs. Elles jouent le rôle de filtres endiguant le champ des possibilités à portée de chaque individu.
D'après les sociologues, Michel Bozon et François Héran constatent que les formes de socialisation et de sociabilité conduisent les individus vers leur "destin sentimental"
Pour reprendre le slogan " N'importe qui ; de même n'importe qui ne se rencontre pas n'importe où ".
Les lieux de rencontre peuvent se résumer en trois catégories comme le triangle de rencontre.
Lieux publics, lieux réservés et lieux fermés.
Ainsi un cadre va trouver son conjoint dans des sphères différentes de celles de l'ouvrier, pour des raisons conscientes, le lieu public le soumettant à un aléa très fort dans le type de partenaire rencontré : il va préférer le lieu réservé.
- L'ouvrier, lui, aura une perception différente du type de rencontre que lui procure l'espace public, et à défaut d'avoir accès à des lieux plus sélectifs, va lui accorder une fonction matrimoniale beaucoup plus importante. -
- Les lieux réservés sont surtout l'apanage des classes supérieures. Leur caractère de sélectivité suppose le respect de certaines conditions, quelles soient matérielles ( lieu de vacances), culturelles ( études, associations; sport ) ou relationnelle (clubs rencontre entre amis) dont l'accès est symboliquement contrôlé.
- Les milieux populaires se rencontrent plutôt dans les lieux publics ( fêtes, foires, bal, rue, café, centre commercial).
- Les cadres du privé, patron ou profession libérales dans les lieux privés (domicile, près de la famille, entre amis).
La fréquentation d'un lieu définit donc nos fréquentations. Il existe des facteurs psychologiques relatifs au jugement qu'il est possible là encore de différencier en fonction de la catégorie sociale à laquelle appartient l'individu. En règle générale, les acteurs cherchent chez l'autre certains signes d'appartenance à une classe sociale supérieure. Alors que l'étude des lieux de rencontre fait état d'une relative similitude entre les hommes et les femmes. L'apparence physique n'est pas perçue de la même façon, chaque sexe cherchant chez l'autre des attributs différenciés.
En premier constat, les femmes beaucoup plus que les hommes ont une idée préconçue de l'homme idéal, indépendamment de leur classe sociale d'appartenance ; Elles sont, plus souvent que les hommes sensibles à la première image que celui - ci leur a laissé (tenue vestimentaire - attributs).
L'étude montre que plus le niveau social des femmes s' élève, plus l'homme idéal est pensé : c'est un homme grand, mince, brun un peu comme Laurent.
On constate que les attributs favoris des hommes aux yeux des femmes sont des attributs plus sociaux que physiques (notamment par la forte proportion de femmes aimant les hommes à lunettes, symbole d'intellect dans l'imaginaire social). Sans pour autant parler d'absence de liberté, il semble donc que le choix d'un conjoint est endigué socialement, aussi bien au niveau individuel qu' au niveau collectif. Quelques choix dits atypiques existent ; ils seraient explicables par l'influence des origines sociales de chaque individu (profession des parents, milieu rural ou urbain, profession des grands parents).
Il existe donc bien un fort déterminisme social régissant les unions entre les individus.
Est-ce la mort du prince charmant? (colloque Ined N°7- M.Bozon )
lundi 16 février 2026
Caïffa
Chaque jour, à l'aube, il gagne le dépôt, pèse puis ensache les pochons de café, la chicorée et le chocolat à croquer qu'il stocke dans les tiroirs superposés de sa carriole. Sur le coffre bâché, devant un comptoir, un assortiment de levures et de farines, d'épices, de sardines en boîtes, de sucre ou de lessive bon marché, un éventaire qu'il doit chiner avec des ménagères ridées comme un pied de vigne. Des paysans chafouins et grippe-sous, des enfants gourmands, émerveillés. Un crayon gras sur l'oreille dont il mouille la mine machinalement, il prend commande avec l'air affable de celui qui sait vanter ses trésors. Il pointe un doigt, grimace, fait la toupie, virevolte, ramasse les timbres fidélité et laisse enfin Canaille japper la monnaie, la casquette entre les dents.
Les jours chauds, on lui offre un verre de vin. L'hiver, on l'autorise à dormir dans la paille nez à museau. Alors il chantonne, compte les étoiles, enlace son chien. Libre comme l'air.
Mais ce soir, il neige à pourfendre. Longtemps, dans les semaines à venir, on guettera les aboiements de Canaille...
(texte Jonavin)

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