dimanche 29 décembre 2019
mercredi 4 décembre 2019
Le train de mes mains
J'ai pris le train de mes mains. Quand la nuit déraille, elles m'accompagnent sans crier gare.Sais-tu que les mains sont les traverses qui mènent aux adieux? D'un train qui ne revient jamais, elles emportent, infidèles, les coups de butoir.

Ce train-là n'arrivera jamais à destination.Trop de courbes et de dénivelé dans la monotonie passagère.Trop d'incertitudes sous l'éclair noir des paupières.Une jonque s'éloigne à chaque battement de cils. C'est un voilier aux lattes cousues, un store de bambou où plus rien ne filtre. Pas même la mousson quand j'apprenais là-bas à deviner tes ombres chinoises.Le train s'y attarde mais sans la folie d'autrefois. Paysage choisi ,il manque désormais la magie du premier regard. Les arcades feintes au crayon et surplombant les yeux, la ligne d'un long tunnel incurvé.
A travers la vitre, passaient là des mascaras aux reflets moirés. Des lueurs malicieuses dans la prunelle gris-bleu de l'aube. Sous le fard ,des soleils enfumés d'eau et de cendre. Ce matin, rien. Juste un froid qui balaie l'oreiller. Je n'ai que moi à vivre. Dans des haltes d'haleine, une solitude cahotante, un compartiment réservé. Fini les manches pagodes où j'allais rejoindre un coin d'épaule .L'express à bout de bras .Et pomme ouverte, l'aiguillage à trois voies autour de tes maigres poignets ronds.
C'était le temps où nos mains se croisaient.Celui des fourgons de tête quand les valises sous les yeux, nous partions sans bagages. Celui des soleils à points fermés. De cette vie voyageuse, il reste une voiture couchette.
Mes mains en train...
(texte Jonavin)
mardi 19 novembre 2019
Les Galantes

Au 19ème siècle, les femmes qui ont la chance d'être nées sous une bonne étoile fréquentent les bains de mer Cabourg, Deauville, la Baie de Somme, Le Touquet Paris-plage, Arcachon, Biarritz. Et j'en passe.
Chaque jour d'été, les rayons de soleil passent à travers les bow-windows et la vie balnéaire respire le vent iodé sur la côte normande, picarde, d'opale de ci et là.
A partir de 1850 le réseau ferroviaire se développe à grande vitesse.
En 1860, la ville d'Angers n'est déjà plus le terminus.
Dans un village du Morbihan, au lavoir, une paysanne papote sous les airs effarés de visages bronzés, eh oui dimanche dernier, sa cousine Marie à vu ses maîtres manger des cailloux en parlant d'huîtres,
Léonie, à la peau de lait, blonde aux traits fins, la robe corsetée. Chignon bien remonté dans la fraîcheur de ses vingts ans laissant apparaître quelques grains de beauté sur sa poitrine dont les mains gantées s'amusent à faire tourner l'ombrelle sur le quai d' Austerlitz, en attendant son amoureux.
Il faut beaucoup de temps pour être élégante,
Vincent Van Gogh n'a pas encore peint un champs de blé à Auvers sur Oise, au Borinage en Belgique, lit quelques textes de la bible parfois Dickens chez les pauvres gens. Sa peinture n'a pas encore la couleur mais son regard devant une famille de mangeurs de pommes de terre révèle l'émotion d'une jeune paysanne aux doigts crochus que déjà veloute le paysage..
dimanche 17 novembre 2019
3ème et 4ème partie un nombre parfait
.
J'ai égaré le passage concernant l'escalier de Chartres pour la 3ème partie. Désolé, impossible de retrouver le fichier.
.../...
Vous sera craché
autant de fois qu’il apparaît dans notre bible. Céleste, comme la béatitude,
les anges. Comme ces corps, qui bientôt pourriront derrière un talus ou une
porte cochère.
Céleste comme
discipline et le nombre 13, au rang des chiffres maudits. Mais vous n’en savez
rien, mon père. Vous, vous marchez en me parlant des étoiles, du pardon des
hommes, d’une justice à l’encan du péché des fidèles qui vous suivent
aveuglément
Hector Gaillac n’expiera pas du péché de gourmandise. Avant
que je ne le rencontre, il doit fêter ses noces de tourmaline en avril
prochain. C’est un boucher gras et adipeux, féru de viande bisonne qu’il
bonimente parfois sur un marché couvert d’Issoudun. Je le tuerai avec une
fourchette de maillechort planté dans la gorge. A vendre ses côtelettes, ce bon
vivant dépeceur, touche au sacré.
Tout comme Amandine Creusot d’ailleurs, étudiante en
histoire que j’étranglerai en récitant les Djinns de Victor Hugo. Elle aussi
touche au sacré. Je l’ai rencontré lors du rassemblement des jeunesses
chrétiennes à la gloire du pape. Froidement, je l’écoute me parler de son
travail sur les tombes miniatures, sculptées dans la pierre de la Grande
Pyramide. Sur le règne d’Osiris ou celui de Jéhu à Samarie en Israël. Comme une
litanie où les chiffres résonnent dans un reliquat d’histoire déjà oublié.
Ce qui est mystère doit rester mystère.
Mieux que le crime, mon père, j’ai trouvé un nombre parfait…
(texte jonavin)
jeudi 14 novembre 2019
Un nombre parfait (2ème partie)
Au cœur de la Beauce, département de l’Eure et Loir, à moins
de trente kilomètres de Chartres. C’est ici que nous sommes, en vue des flèches
du clocher. Partis de Notre-Dame, sous la galerie des Rois où veillent les
statues, j’ai le long du trajet, ressassé les « temps de
l’Ecclésiaste : chapitre 3, verset 2 à 8 »
…Il y a un temps pour tout, un temps pour toutes choses sous
les cieux. Un temps pour… »Une manière symbolique de donner corps à mes
pulsions, de baliser ma folie intermittente et de jauger ce jeune séminariste
qui inquiet, avait tout de suite chiffonné le papier de mon énigme non résolu,
en souriant. (Une plaisanterie de gamins, n’y prêtons guère attention et prions
maintenant, voulez-vous…)
Prions, oui. Pour le salut de votre âme. Pour l’opus 28 de
Chopin. Prions mon père, pour l’Avent et les constellations chinoises. Pour
tous ces mystères qui vous condamnent. Prions pour les changements de lune et
le mois de février purificateur. Et priez pour notre vieillard crédule, renvoyé
aux calendes grecques, mort de sa belle mort. Ce géronte de Sparte, élu local
et maire influent, tombé accidentellement du pont des Minimes. N’est-il pas dit
que Dieu juge ainsi les justes et les méchants ? Aujourd’hui, nous fêtons
les romains. Et quoi de mieux que l’hiver pour tuer les miasmes de votre
existence d’ascète. Et que retenir de vos marmonnements secrets ?
A la première halte, je lui donne ma gourde. Calice de
douleur où la patène de mes doigts couvre ses lèvres déjà molles. Depuis la
forêt de Rambouillet, je lui récite l’acte des apôtres, énumérant chaque
matière avec un sang froid méthodique. Je l’observe qui hoche la tête. Sans
doute se souvient-il de son sacerdoce pas si lointain où étudiant religieux, il
travaillait encore sur les occurrences…
texte Jonavin
mercredi 13 novembre 2019
Un nombre parfait (1ère partie)

Le prêtre Armand Morel a un vieil accent lorrain. De profil, je peux lire l’alphabet de Dieu dans les voyelles de sa voix sonnante. Comme une peau moite, elle transpire puis s’essouffle à mots espacés. Dans l’écho des brodequins ferrés, tintent les tiraillements douloureux de son pas claudicant. D’une haleine, voilà qu’il rabâche en bon perroquet, les pèlerinages de Pentecôte et l’itinéraire de cette route régionale emprunté autrefois par Charles Péguy. Je l’écoute réciter un passage de la crucifixion, calquant mon allure à sa démarche engourdie. A perte de vue, l’ombre de mon bâton gangrène la terre humide. Les champs de blés verts habités de vent. Et le ciel, qui arrosé de gouttes froides colle aux chemises. C’est un vent d’orage. Un vent boiteux qui trébuche sur la lecture du prêtre dans ses images d’Epinal.
Sac à dos, une
demi-douzaine de famille déambule le long des fossés. Contre les rafales,
quelques scouts ci-et-là, brandissent mollement leurs bannières multicolores. D’autres
encore, égrènent leur chapelet, tête basse, jambes lourdes, n’évitant plus les
flaques qui désormais, reflètent l’image d’un cortège désuni.
Du macadam
goudronné monte une odeur de mort lente. Dans le faisceau de plusieurs lampes
torches, le ciel semble à peine éclairé.
L’aumônier s’arrête
pour reprendre haleine. A cet endroit, le sol est caillouteux avec un chemin
tissé de ronces jusqu' à la borne. Il écoute battre son cœur fatigué par l’effort.
Je l’observe prendre appui sur sa badine. Un obèse du nom de Gaillac manque à l’appel,
ce qui porte à six maintenant, le nombre de fugitifs ou de disparus depuis la
veillée de prière.
L’averse
torrentielle de cette nuit a trempé les sacs de couchage. Et peut-être anéanti
le courage des plus fervents à combattre les doutes autour du bivouac. Dans ma
besace, un jeu de dominos et une édition de poche du roman " Robinson
Crusoé " ne sont qu’un alibi. Comme l’arsenic versé à petites doses dans
son café brûlant.
Le père Morel n’a
pas revêtu son costume ecclésiastique. Pas de longue robe boutonnée très haut
ni de chapeau à glands comme le curé d’Ars dans " le sorcier du ciel
". Juste un pull à col roulé vert pomme. De son front large, un bonnet
noir et quelques cheveux fillasse lui prête la crinière épaisse du bison.
Longtemps, j’ai cherché dans ce visage poupin, une figure vieillie, amère,
détestable. Mais je n’ai vu qu’un visage en pleine lune. Bouddha méditant sous
son figuier. Et la coiffe en plumes d’aigle d’un chaman Arapaho. Comme la
beauté du diable encorné pendant la danse du soleil, un totem dans un
face-à-face spirituel entre la bête et le danseur. Je n’ai vu que mes crimes,
fautivement quantifiables, atroces, calculés, prémédités.
texte Jonavin
mardi 29 octobre 2019
Terraplane blues
I'm on'h'
ist your hood, mama mm
I'm bound
to check your oil
I got a
woman that I'm lovin'
way down in Arkansas...
Le blues lui revient en mémoire. Poppy l’aime bien ce
morceau.
Combien de fois l’a t- il miaulé dans les juke-joints de
Clarksdate?
Il ne saurait le dire. Mais ce soir, le souvenir de Thelma
est là, qui le hante. Forcément. Il se rappelle bien l’avoir séduite sur le
capot d’une Terraplane d’avant-guerre. Elle est morte en couches avec le bébé,
un jeudi de novembre 1930.
Alors, il avait soufflé fort dans son harmonica pour apaiser
le crossroad. Et de son mojo, brûlé les os noirs où danse
le cœur du Diable. Mais ça n’avait pas suffit...
Griot des plantations, il a d' abord fui au fond des
marécages. Pour oublier. Comme étranglé par les mousses espagnoles dont les
doigts sorciers semblaient le pendre aux cyprés. Dans les ténèbres, il a porté
le deuil avec les alligators. Mangé cet éclat de lune qui lui gobait les yeux.
Là où les arbres flottent, Poppy a senti le vent gémir, accordant son maudit
Dobro à la colère des eaux buvant le ciel. La nuit clouait des harfangs pour
lui vendre une étrange lumière. L’harmonica pleurait aux murmures des étoiles.
Au bruissement des pins rouges que l’aube baignait sans cesse en lueurs vaudou.
Pour l’interdir de dormir.
Mais l’ombre de Thelma n’a jamais vraiment disparue.
Alors, il avait quitté le bayou et le Mississipi. Direction
l’inconnu.
Au hasard des bouges crasseux et des picnics pour jouer les
mêmes work-songs. Seul, forcément. Parfois il chuchotait son blues, parfois, il
l' haletait. Gonflant les veines, se mordant les joues pour étouffer les
derniers sanglots de sa gorge sèche...
Vingt-ans après, la Terraplane roule encore. Il a vérifié
son niveau d’huile et clandestin, file en direction des freeways. Les seize-ans
de Thelma lui soufflent toujours une chienne de mort. Comme cette guimbarde
cahotante où chaque mile saigne leur jeunesse cotonnière de Greenwood. Dans le
rétro, il peut voir son visage. Avec des yeux noirs et torves.
Sa barbe ronge une peau tuméfiée dont les cicatrices sont
encore profondes. La protubérance des pommettes accentue la dureté des traits.
Et cette barbe-là s’engouffre à chacun
des angles, monte en broussaille sur une bouche lapidée qui dévore celle
endormie de Thelma, fantôme sur la banquette arrière.
Poppy ce soir a perdu son âge.
traduction : ...And I feel so lomesome
traduction : ...And I feel so lomesome
You hear me when I
moan?
Il sourit. Big Mama Smith dit toujours que le piano de ses dents ne connaît pas l’art mineur. Seul l’ivoire insuffle l’écume du delta à ses lèvres, comme muées par les forges de l’enfer. D' abord sourde, la plainte monte de sa bouche, en quête de la maudite note qui apaisera le feu. Elle pénétre la puissance du souffle pour ensuite écorcher ses longs doigts autour du chrome. Poppy a cette façon déchirante de frotter les anches métalliques ; un timbre rauque, cri d’orviétan quand le Diable ricane ; comme si la douleur, soudain sonore enfantait le désordre de l’âme. Forcément. Et Big Mama savait l’écouter. Et Thelma aussi quand il jouait le blues avec son âme...
Il sourit. Big Mama Smith dit toujours que le piano de ses dents ne connaît pas l’art mineur. Seul l’ivoire insuffle l’écume du delta à ses lèvres, comme muées par les forges de l’enfer. D' abord sourde, la plainte monte de sa bouche, en quête de la maudite note qui apaisera le feu. Elle pénétre la puissance du souffle pour ensuite écorcher ses longs doigts autour du chrome. Poppy a cette façon déchirante de frotter les anches métalliques ; un timbre rauque, cri d’orviétan quand le Diable ricane ; comme si la douleur, soudain sonore enfantait le désordre de l’âme. Forcément. Et Big Mama savait l’écouter. Et Thelma aussi quand il jouait le blues avec son âme...
Je vais vérifier ton niveau d' huile
Il y a une femme que j' aime là-bas en Arkansas...
je me sens si seul, tu m' entends quand je
gémis?...
(texte Jonavin)
(texte Jonavin)
jeudi 24 octobre 2019
Bleu pour le ciel à contre courant

Allongé sur le dos,
Hier, j'aimais
Le mouvement de tes doigts
Oscillant dans la seiche au vent
Chapeau de paille entouré d'un ruban
Flottant
L’insouciance
J’aime tout en toi
Quand tu sèmes à tout vent
Là, où ton ombre butine
Et caresse les peaux blanches
Libellule pour la tourbe légère
Bleu pour le ciel à contre courant
Bleu pour la romance du ciel
mercredi 16 octobre 2019
A la ligne
Je me suis levé tôt. Les ombres mouillaient la nuit. Autour de la montagne, un feu d'étoiles.
Dès l'aube, j'ai pris mon filet pochoir, une vieille raquette de tennis débarrassé de son cordage à laquelle j'ai rajouté la poche d'une épuisette. Papa l'avait dit : C'est à la rosée qu'il faut les prendre, quand elles sont engourdies par la fraîcheur nocturne!"
Le filet est très utile dans les marais herbeux. Suffit d'exercer des mouvements de balayage jusqu'à ce que la poche s'alourdisse. Évite de faucher après la pluie mais patiente avant un orage. Les sauterelles seront nombreuses et actives avec un ciel noir. Papa appelait ça la chasse éclair.
J'ai gardé ma prise dans un bocal hermétique.Un simple pot de confiture dont j'ai percé le couvercle.Conserve les vivantes disait-il. La sauterelle est l'appât le plus efficace quand les eaux se teintent.
Aussi, le ciel gronde encore que j'attache le manche de la canne sous la selle de mon vélo, laissant dépasser le scion bien au-delà du guidon.J'ai déjà préparé le panier en rotin, le raphia et les hameçons. Je pédale prudemment le long du ruisseau. Peu à peu, l'obscurité laisse place à une légère brume qui stagne dans les eaux basses. Parfois, un corbeau croasse, une branche flotte, griffure dans la nuit. A l'endroit de la montagne, là où le torrent se calme et forme un coude sans trop de courant, je pose enfin ma canne. Rien a changé. Ni les pierres formant un pont dans le tumulte apprivoisé, ni les roseaux jaseurs d'une fin d'été. Rien.
Studieux, je "lis" les mouvements de l'eau. Les courants, la profondeur. La discrétion, comment s'accroupir sans faire de bruit, comment s'interdire de patauger dans le lit du ruisseau quand la truite s'y couche. Tout comme tu me l'a appris. Peu importe la bredouille.
Je plombe assez bas, à quelques centimètres de l'hameçon afin de pêcher le plus léger possible. Car le poids est l'ennemi du pêcheur, mon garçon rappelle t-en.D'ailleurs, il n'est pas rare d'avoir une touche à moins de vingt centimètres d'eau. La canne est celle de mon enfance. Un long bambou avec un moulinet dans le talon, flexible mais fragile. Papa me l'avait fabriqué pour mes huit-ans. Entretoisée artisanalement, son fil intérieur conserve une glisse parfaite, même sous la pluie. Je la sert très fort, les yeux humides.
Ensuite, je fais passer l'hameçon derrière la tête de la sauterelle, sous le corselet, faisant ressortir l'ardillon de moitié. L'insecte gigote. Le plomb de touche est assez loin afin que l'appât puisse remonter dans le courant.C'est étrange. Les gestes sont mécaniques.
Il y a un peu de vent. Doucement je me couche à plat ventre. La truite est là. Méfiante. J'apprécie la distance qui nous sépare.Tandis que la sauterelle tombe à l'eau. Je la ferre sans hésitation.
Tu ris...
(texte Jonavin)
Dès l'aube, j'ai pris mon filet pochoir, une vieille raquette de tennis débarrassé de son cordage à laquelle j'ai rajouté la poche d'une épuisette. Papa l'avait dit : C'est à la rosée qu'il faut les prendre, quand elles sont engourdies par la fraîcheur nocturne!"
Le filet est très utile dans les marais herbeux. Suffit d'exercer des mouvements de balayage jusqu'à ce que la poche s'alourdisse. Évite de faucher après la pluie mais patiente avant un orage. Les sauterelles seront nombreuses et actives avec un ciel noir. Papa appelait ça la chasse éclair.
J'ai gardé ma prise dans un bocal hermétique.Un simple pot de confiture dont j'ai percé le couvercle.Conserve les vivantes disait-il. La sauterelle est l'appât le plus efficace quand les eaux se teintent.
Aussi, le ciel gronde encore que j'attache le manche de la canne sous la selle de mon vélo, laissant dépasser le scion bien au-delà du guidon.J'ai déjà préparé le panier en rotin, le raphia et les hameçons. Je pédale prudemment le long du ruisseau. Peu à peu, l'obscurité laisse place à une légère brume qui stagne dans les eaux basses. Parfois, un corbeau croasse, une branche flotte, griffure dans la nuit. A l'endroit de la montagne, là où le torrent se calme et forme un coude sans trop de courant, je pose enfin ma canne. Rien a changé. Ni les pierres formant un pont dans le tumulte apprivoisé, ni les roseaux jaseurs d'une fin d'été. Rien.
Studieux, je "lis" les mouvements de l'eau. Les courants, la profondeur. La discrétion, comment s'accroupir sans faire de bruit, comment s'interdire de patauger dans le lit du ruisseau quand la truite s'y couche. Tout comme tu me l'a appris. Peu importe la bredouille.
Je plombe assez bas, à quelques centimètres de l'hameçon afin de pêcher le plus léger possible. Car le poids est l'ennemi du pêcheur, mon garçon rappelle t-en.D'ailleurs, il n'est pas rare d'avoir une touche à moins de vingt centimètres d'eau. La canne est celle de mon enfance. Un long bambou avec un moulinet dans le talon, flexible mais fragile. Papa me l'avait fabriqué pour mes huit-ans. Entretoisée artisanalement, son fil intérieur conserve une glisse parfaite, même sous la pluie. Je la sert très fort, les yeux humides.
Ensuite, je fais passer l'hameçon derrière la tête de la sauterelle, sous le corselet, faisant ressortir l'ardillon de moitié. L'insecte gigote. Le plomb de touche est assez loin afin que l'appât puisse remonter dans le courant.C'est étrange. Les gestes sont mécaniques.
Il y a un peu de vent. Doucement je me couche à plat ventre. La truite est là. Méfiante. J'apprécie la distance qui nous sépare.Tandis que la sauterelle tombe à l'eau. Je la ferre sans hésitation.
Tu ris...
(texte Jonavin)
dimanche 13 octobre 2019
La souche
Jamais Louise n’a senti le vent
Ni personne pour caresser sa peau tiède
Aucune embellie où tout se rapproche
Allongée sur une souche en forêt de juin
Elle dort
Une lueur ou bien une ombre
Transperce son corps
Puis se retire
Pour lui dire
Adieu
Ni personne pour caresser sa peau tiède
Aucune embellie où tout se rapproche
Allongée sur une souche en forêt de juin
Elle dort
Une lueur ou bien une ombre
Transperce son corps
Puis se retire
Pour lui dire
Adieu
jeudi 10 octobre 2019
La dame de Monsoreau
iL y a toujours ce bouquin de la « Dame de Montsoreau » sur mon lit. Et je n’aime pas lire.
S’il y avait une fête populaire au Puy Notre Dame, au moins je t’emmènerai voir les fameuses galipettes, oui ces champignons de Paris que l’on cultive dans les galeries Saumuroises.
Ils sont énormes parce qu’on les laisse pousser plus longtemps. Et puis un jour, la tête tombe pour se rouler. Alors, on les ramasse pour les faire griller sur de grands barbecues, accompagnés d’un beurre d’escargots que l’on déguste avec des fouées.
Tu sais, ces petits pains cuits au feu de bois, garnis de rillettes, de mogettes, de fromage de chèvre ou de beurre salé.
J’aime quand tes lèvres goûtent le vin framboisé. Dans l’instant, je te vois en robe légère t’allongeant au bord de l’eau. Tête rêveuse.
Le pont de Gennes, magnifié par une coulée de lumière où j’imagine, le premier rendez-vous. L'ombrelle habillée de noir ouverte comme un parapluie qui tourne comme une fleur agitée.
Attendant que le soleil touche la main.
Paupières mi-closes,
Depuis la chambre, j’écoute la pluie…
Le pont de Gennes, magnifié par une coulée de lumière où j’imagine, le premier rendez-vous. L'ombrelle habillée de noir ouverte comme un parapluie qui tourne comme une fleur agitée.
Attendant que le soleil touche la main.
Paupières mi-closes,
Depuis la chambre, j’écoute la pluie…
mercredi 9 octobre 2019
La petite place de Marçon

La petite place de Marçon était calme, moment idéal pour casser la croûte au soleil.
Assis sur le banc, je découvrais les lieux pour la première fois.
Etrange novembre en bruyère sous le soleil pâle.
samedi 5 octobre 2019
Un petit mariage de campagne
Les familles se disloquaient le long de la petite route de campagne.
Je me souviens encore des pas qui crissaient sur le gravier, de ce vent soulevant les vêtements.
Le porche de l’église romane dans la pâle lumière de décembre avant que ne résonne « Gloria in excelcis Deo »
La mariée, au bras de son père avançant doucement jusqu' au transept, teinté de » Terre d’espoir qui réveillait le chœur d’Elgar. »
Le bouquet rond champêtre dans la légèreté de la main, dans la portée
De
Frantz Schubert –« Avé Maria »,
Haendel –« Alleluia »
Ainsi que,
Borodine, Verdi et d’autres dont j'ai oublié les noms.
Mais la clef la plus saisissante,
C’était la sortie des mariés dans la pénombre,
Un lancer de confettis, de riz, de pétales roses, blanches qui tournoyaient dans la nuit, le tout bercé par le son des cloches.
jeudi 26 septembre 2019
Caïffa
Il a peut-être l'âge de son chien. Des yeux d'épagneul, un air cabot. Il porte un tablier bavette, une casquette plate et une sacoche d'épicier en cuir fauve qui lui sangle le bas du ventre. On l'entend haranguer son traineau de loin, surtout quand Canaille aide à la traction. Les après-midis d'été, le goudron colle aux bandages; il lui faut rouler sur le bas-côté. L'hiver, la neige crotte les garde-boues et fait souvent miroir avec le chemin disparu. Mais qu'importe le temps s'il n'a pas ses dix francs de recette. Qu'importe les nuages de poussière d'une automobile pétaradante, la voiture à cheval du hongreur qui l'entraine invariablement dans le fossé. Qu'importe le froid et les engelures, la pluie, le soleil qui lui cisaille la nuque, le hurlement des loups, la fatigue, les jets de pierre. Il est le caïffa, un itinérant qui vend avant tout de la bonne humeur et colporte les nouvelles.
Chaque jour, à l'aube, il gagne le dépôt, pèse puis ensache les pochons de café, la chicorée et le chocolat à croquer qu'il stocke dans les tiroirs superposés de sa carriole. Sur le coffre bâché, devant un comptoir, un assortiment de levures et de farines, d'épices, de sardines en boîtes, de sucre ou de lessive bon marché, un éventaire qu'il doit chiner avec des ménagères ridées comme un pied de vigne. Des paysans chafouins et grippe-sous, des enfants gourmands, émerveillés. Un crayon gras sur l'oreille dont il mouille la mine machinalement, il prend commande avec l'air affable de celui qui sait vanter ses trésors. Il pointe un doigt, grimace, fait la toupie, virevolte, ramasse les timbres fidélité et laisse enfin Canaille japper la monnaie, la casquette entre les dents.
Les jours chauds, on lui offre un verre de vin. L'hiver, on l'autorise à dormir dans la paille nez à museau. Alors il chantonne, compte les étoiles, enlace son chien. Libre comme l'air.
Mais ce soir, il neige à pourfendre. Longtemps, dans les semaines à venir, on guettera les aboiements de Canaille...
(extrait texte Jonavin)
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