lundi 16 février 2026

Caïffa

 


On peut lire cette inscription en lettres dorées à l'arrière de sa poussette:
 "Au Planteur de Caïffa". La roue folle sous le timon a un léger voile. Les deux autres touchent le patin de frein chaque fois que le garçon amorce un virage ou force un peu sur la barre de poussée pour s'extraire d'un nid-de-poule.
 Il va de ferme en ferme, de grange en grange, suivant la route sinueuse qui parfois traverse un hameau isolé, une foire aux bestiaux.
Il a peut-être l'âge de son chien. Des yeux d'épagneul, un air cabot. Il porte un tablier bavette, une casquette plate et une sacoche d'épicier en cuir fauve qui lui sangle le bas du ventre. On l'entend haranguer son traineau de loin, surtout quand Canaille aide à la traction. Les après-midis d'été, le goudron colle aux bandages; il lui faut rouler sur le bas-côté. L'hiver, la neige crotte les garde-boues et fait souvent miroir avec le chemin disparu. Mais qu'importe le temps s'il n'a pas ses dix francs de recette. Qu'importe les nuages de poussière d'une automobile pétaradante, la voiture à cheval du hongreur qui l'entraine invariablement dans le fossé. Qu'importe le froid et les engelures, la pluie, le soleil qui lui cisaille la nuque, le hurlement des loups, la fatigue, les jets de pierre. Il est le caïffa, un itinérant qui vend avant tout de la bonne humeur et colporte les nouvelles.

Chaque jour, à l'aube, il gagne le dépôt, pèse puis ensache les pochons de café, la chicorée et le chocolat à croquer qu'il stocke dans les tiroirs superposés de sa carriole. Sur le coffre bâché, devant un comptoir, un assortiment de levures et de farines, d'épices, de sardines en boîtes, de sucre ou de lessive bon marché, un éventaire qu'il doit chiner avec des ménagères ridées comme un pied de vigne. Des paysans chafouins et grippe-sous, des enfants gourmands, émerveillés. Un crayon gras sur l'oreille dont il mouille la mine machinalement, il prend commande avec l'air affable de celui qui sait vanter ses trésors. Il pointe un doigt, grimace, fait la toupie, virevolte, ramasse les timbres fidélité et laisse enfin Canaille japper la monnaie, la casquette entre les dents.
Les jours chauds, on lui offre un verre de vin. L'hiver, on l'autorise à dormir dans la paille nez à museau. Alors il chantonne, compte les étoiles, enlace son chien. Libre comme l'air.
Mais ce soir, il neige à pourfendre. Longtemps, dans les semaines à venir, on guettera les aboiements de Canaille...

 (texte Jonavin)


dimanche 8 février 2026

Inconstance

 


J’avais aimé le soleil de novembre pâle sur le pare-brise. Avant de laisser mon imagination planer dans les contrées de la mayenne angevine. La musique de Jamiroquai rythmait les formes du paysage.

 Replié sur mes désirs, le vide m'envahissait à l'aube de la quarantaine.

Je n'éprouvais pas de soucis amoureux, pas de problème de santé ni financier.

Cependant, je pressentais une inconstance du bonheur dans ma vie. 



dimanche 1 février 2026

Collioure

 

 

Sous le sillet d'un ciel Matisse,
Je n'avais pas fermé tous les volets de ma chambre.
J'osais toutes les couleurs,
De ces vignes étagées comme une robe gitane dont le décor m'offrait le spectacle.
Mon regard ne plongerait pas dans le vertige de la mer bleue.
Je savais que ce rosé de février chaufferait doucement ma bouche.
Dès les premières gorgées, les épices douces de la méditerranée m'apporteraient les notes poivrées.
Le grenache amplifiant les parfums de fruits mûrs avec la syrah contrebalançant l'équilibre pour partir dans le rouge vif léger.
Paupières mi-closes. J'écoutais " La tsigane s'enivrait de la fraîcheur du vent chaud.
Avant de goûter la groseille sauvage s'écraser légèrement sous ma langue.
Mon cœur soufflant l'éclosion envoûtante de ma bohème,
De cette perception aromatique intense comme le vent du nord s'enroulant dans les ruelles teintées d'ocre et de rose.
Je sentais encore le cliquetis de ses bracelets...

Membres