jeudi 3 septembre 2026

Un nombre parfait 3 ème et 4 ème partie

 J'ai égaré le passage concernant l'escalier de Chartres pour la 3ème partie. Désolé, impossible de retrouver le fichier.

.../...
Vous sera craché autant de fois qu’il apparaît dans notre bible. Céleste, comme la béatitude, les anges. Comme ces corps, qui bientôt pourriront derrière un talus ou une porte cochère.
Céleste comme discipline et le nombre 13, au rang des chiffres maudits. Mais vous n’en savez rien, mon père. Vous, vous marchez en me parlant des étoiles, du pardon des hommes, d’une justice à l’encan du péché des fidèles qui vous suivent aveuglément
Hector Gaillac n’expiera pas du péché de gourmandise. Avant que je ne le rencontre, il doit fêter ses noces de tourmaline en avril prochain. C’est un boucher gras et adipeux, féru de viande bisonne qu’il bonimente parfois sur un marché couvert d’Issoudun. Je le tuerai avec une fourchette de maillechort planté dans la gorge. A vendre ses côtelettes, ce bon vivant dépeceur, touche au sacré.
Tout comme Amandine Creusot d’ailleurs, étudiante en histoire que j’étranglerai en récitant les Djinns de Victor Hugo. Elle aussi touche au sacré. Je l’ai rencontré lors du rassemblement des jeunesses chrétiennes à la gloire du pape. Froidement, je l’écoute me parler de son travail sur les tombes miniatures, sculptées dans la pierre de la Grande Pyramide. Sur le règne d’Osiris ou celui de Jéhu à Samarie en Israël. Comme une litanie où les chiffres résonnent dans un reliquat d’histoire déjà oublié.
Ce qui est mystère doit rester mystère.
Mieux que le crime, mon père, j’ai trouvé un nombre parfait…

(texte jonavin)

samedi 29 août 2026

Un nombre parfait 2ème partie

  





Au cœur de la Beauce, département de l’Eure et Loir, à moins de trente kilomètres de Chartres. C’est ici que nous sommes, en vue des flèches du clocher. Partis de Notre-Dame, sous la galerie des Rois où veillent les statues, j’ai le long du trajet, ressassé les « temps de l’Ecclésiaste : chapitre 3, verset 2 à 8 »

…Il y a un temps pour tout, un temps pour toutes choses sous les cieux. Un temps pour… »Une manière symbolique de donner corps à mes pulsions, de baliser ma folie intermittente et de jauger ce jeune séminariste qui inquiet, avait tout de suite chiffonné le papier de mon énigme non résolu, en souriant. (Une plaisanterie de gamins, n’y prêtons guère attention et prions maintenant, voulez-vous…) 
Prions, oui. Pour le salut de votre âme. Pour l’opus 28 de Chopin. Prions mon père, pour l’Avent et les constellations chinoises. Pour tous ces mystères qui vous condamnent. Prions pour les changements de lune et le mois de février purificateur. Et priez pour notre vieillard crédule, renvoyé aux calendes grecques, mort de sa belle mort. Ce géronte de Sparte, élu local et maire influent, tombé accidentellement du pont des Minimes. N’est-il pas dit que Dieu juge ainsi les justes et les méchants ? Aujourd’hui, nous fêtons les romains. Et quoi de mieux que l’hiver pour tuer les miasmes de votre existence d’ascète. Et que retenir de vos marmonnements secrets ?
A la première halte, je lui donne ma gourde. Calice de douleur où la patène de mes doigts couvre ses lèvres déjà molles. Depuis la forêt de Rambouillet, je lui récite l’acte des apôtres, énumérant chaque matière avec un sang froid méthodique. Je l’observe qui hoche la tête. Sans doute se souvient-il de son sacerdoce pas si lointain où étudiant religieux, il travaillait encore sur les occurrences…

texte Jonavin

dimanche 23 août 2026

Un nombre parfait

 Le prêtre Armand Morel a un vieil accent lorrain. De profil, je peux lire l’alphabet de Dieu dans les voyelles de sa voix sonnante. Comme une peau moite, elle transpire puis s’essouffle à mots espacés. Dans l’écho des brodequins ferrés, tintent les tiraillements douloureux de son pas claudicant. D’une haleine, voilà qu’il rabâche en bon perroquet, les pèlerinages de Pentecôte et l’itinéraire de cette route régionale emprunté autrefois par Charles Péguy. Je l’écoute réciter un passage de la crucifixion, calquant mon allure à sa démarche engourdie. A perte de vue, l’ombre de mon bâton gangrène la terre humide. Les champs de blés verts habités de vent. Et le ciel, qui arrosé de gouttes froides colle aux chemises. C’est un vent d’orage. Un vent boiteux qui trébuche sur la lecture du prêtre dans ses images d’Epinal.

Sac à dos, une demi-douzaine de famille déambule le long des fossés. Contre les rafales, quelques scouts ci-et-là, brandissent mollement leurs bannières multicolores. D’autres encore, égrènent leur chapelet, tête basse, jambes lourdes, n’évitant plus les flaques qui désormais, reflètent l’image d’un cortège désuni.
Du macadam goudronné monte une odeur de mort lente. Dans le faisceau de plusieurs lampes torches, le ciel semble à peine éclairé.
L’aumônier s’arrête pour reprendre haleine. A cet endroit, le sol est caillouteux avec un chemin tissé de ronces jusqu' à la borne. Il écoute battre son cœur fatigué par l’effort. Je l’observe prendre appui sur sa badine. Un obèse du nom de Gaillac manque à l’appel, ce qui porte à six maintenant, le nombre de fugitifs ou de disparus depuis la veillée de prière.
L’averse torrentielle de cette nuit a trempé les sacs de couchage. Et peut-être anéanti le courage des plus fervents à combattre les doutes autour du bivouac. Dans ma besace, un jeu de dominos et une édition de poche du roman " Robinson Crusoé " ne sont qu’un alibi. Comme l’arsenic versé à petites doses dans son café brûlant.
Le père Morel n’a pas revêtu son costume ecclésiastique. Pas de longue robe boutonnée très haut ni de chapeau à glands comme le curé d’Ars dans " le sorcier du ciel ". Juste un pull à col roulé vert pomme. De son front large, un bonnet noir et quelques cheveux fillasse lui prête la crinière épaisse du bison. Longtemps, j’ai cherché dans ce visage poupin, une figure vieillie, amère, détestable. Mais je n’ai vu qu’un visage en pleine lune. Bouddha méditant sous son figuier. Et la coiffe en plumes d’aigle d’un chaman Arapaho. Comme la beauté du diable encorné pendant la danse du soleil, un totem dans un face-à-face spirituel entre la bête et le danseur. Je n’ai vu que mes crimes, fautivement quantifiables, atroces, calculés, prémédités.

texte Jonavin

mardi 11 août 2026

balade d'été

 Les couleurs étaient belles. La route droite,

Sous le soleil de juillet, je ne pouvais rien faire si ce n'est comprendre un peu le processus de la vie.
Avec infiniment de douceur, réchauffé par la lumière du jour, je voyais toujours ma destinée amoureuse à travers le pare brise.
La petite place de Marçon était calme avec ses murs de tuffeau reflétant une atmosphère dont je retrouvais le paysage suranné au goût de l'enfance.
Tout proche, l'église de la Sainte Vierge vêtue de son clocher tors.
Moment idéal pour casser la croûte au soleil.
Assis sur le banc, je découvrais l'ombre des arbres. Jadis, où j'avais croqué un silence de novembre.
Comme l’endroit s’y prêtait, j’imaginais ...

lundi 3 août 2026

(petits poèmes d'été première vendange)

 En ce début d'automne

Le Loir s'est assoupi
Dans les brumes matinales
Augustin est pensif
Une aile sauvage zigzague
Louise en robe légère
frissonne dans un manteau de vigne
Des odeurs d'acacias
d'abricots
Détalent du jardin quand elle s'approche
Dans l'instant, lui savoure les épices douces
La cannelle qui se mélange aux écorces d'agrumes
Et soudain
il voit des fruits en grappes s'enivrer de fleurs blanches
Et soudain
il imagine un soleil rougir de plaisir
Quand le matin berce les rosées tendres
D'un ciel éméché 

jeudi 23 juillet 2026

petit poème d'été

 


Allongé sur
le dos

yeux mi-clos

Hier, j'aimais

La douceur de tes doigts

Oscillant dans la seiche au vent
Chapeau de paille entouré d'un ruban
Flotte
L’insouciance
J’aime tout en toi
Quand tu sèmes à tout vent
Là, où ton ombre butine
Et caresse les peaux blanches
Libellule pour la tourbe légère
Bleu pour le ciel à contre courant
Libellule 
Bleu pour la romance du ciel

mercredi 17 juin 2026

Là bas

 


Après avoir quitté le pont de Sèvres, je roule sereinement qu'au rond point de Chartres, maintenant je peux passer par le jardiland du coin et suivre le cours du Loir, 

Il fait bon et j'aime le mois de juin à la pénombre.

En ce dimanche, mes incertitudes se mêlent encore au paysage mais je sais que la providence est au silence de la pensée. Hier, les émotions se superposaient sur des registres différents où mon cœur, mon esprit s'emballait dans le flou à chaque sms, à chaque entrevue de femmes différentes.

Les idées préconçues, les hypothèses, les projections sur des faits imaginaires m'empêchaient de voir clair.

Depuis, le silence des jours régule mon système émotionnel, telle une boussole et je sens les vibrations dessiner le bonheur de te rejoindre.

De toute façon, je ne sais même plus si tu habites encore cette ville.

Je ne sais même plus où tu es? ...Si tu es seule. Si je pouvais...

Là-bas, il y a le bout du monde

Les dunes, les coups de vents
L'océan qu'on dénude
Des coques de sable
Que le vent ébroue
Au risque d'égarer la perle rare
L'immunité acquise
en regardant le ciel
Les rochers sur l'estran
Mais quand la pluie mouille ton visage
Au loin du rivage
Je te trouve encore plus belle

vendredi 29 mai 2026

jeudi 7 mai 2026

J'ai envie de toi

J'ai envie de toi, tout de suite. Là, maintenant, te prendre sur le rebord du plan de travail, parfois sur un coin de table. Te serrer tout contre moi.
Coller mes lèvres de désir sur ta mousse onctueuse.
 Sentir la chaleur imminente de ton corps, 
Sensation longue  
Suave, sauvage, doux, épicé, fort, moelleux, fruité, corsé, frais, iodé
Exquis



Camille,


Ce soir, promis, je te ferai un petit. Fort, robuste et serré tout contre toi. Un petit que tu pourras choyer de tes mains et de tes lèvres. D'un nuage de lait, tu pourras deviner l'ébène de ses grands yeux noirs. Le grain de sa peau, l'écorce de son âme en cerise. Parce qu'en un mot, je sais où je t’emmènerai: à Rome.
Ce soir, Camille, je serais ton Barista. Ta fontaine de Trevi dans l'express de nos amours enivrantes. Sans amertume, j'inventerai ton ventre rond. Les envies de moka, les baisers en bouche. J'inventerai son regard un peu mousse, ses larmes brûlantes et toutes les vapeurs d'ivresse d'un philtre magique entre nous. Soudain l'hiver viendra fondre sur le bout de la langue. Tu entendras la poudre crisser, fouettée par la neige autour de tes doigts. En deux coups de cuiller à pot, tu pourras vivre chaque traction d'un enfant de la balle. Camille, pour toi, j'irai griller d'impatience mes incertitudes. Moulu de fatigue, boire la tasse à la fontaine. 

Je t'imaginerai Anita Ekberg, en robe du soir dans la Dolce Vita. Et quand les nuits deviendront floues, j'irai jeter une dernière pièce, à souhait...
Pourrai-je encore tourner le dos à ta crème de beauté? Oublier les parfums et les nuances de tes sourires, l'atmosphère excitante de nos corps l'un contre l'autre? Mais peut-être suis-je resté bébé...Ce que j'aime est en toi. J'ai tout préparé. Les bougies, la lumière tamisée, la chambre et les heures du réveil au compte-gouttes. Cet instant émotionnel où nous fermerons doucement les yeux.
Ce soir, promis Camille, je te ferai un petit. J'inventerai une eau-de-vie romaine. J'irai chanter des gloria. Je sais les promesses de mariage, les Mazagran du matin cafardeux, les cafés borgnes d'autrefois. Aussi j'apprendrai tes bouffées de chaleur, les présages payés au marc quand de mes yeux, grands comme des soucoupes, je vous emmènerai sur le zinc du petit prince. Ce soir, promis, mon amour, je te ferai un petit...café italien.
Mais viendras-tu?...

texte Jonavin

dimanche 12 avril 2026

Je suis chez le coiffeur





Je suis dans le salon

Pendant qu'on me shampoigne

j'entends le refrain de cette chanson 

"Absence, absence mais pas l'indifférence"

Malgré les apparences, c'est à toi que je pense"

C'est étrange d'écouter ces paroles

"Je peux vivre sans toi et être à toi quand même"

"iL n'y a pas de loi pour prouver que l'on aime"

"j'peux pas expliquer ça"

"Loin des yeux, près du coeur"

Tous ces choses me touchent

Alors que je fais les cents pas dans ma tête

Si j'étais en Anjou, J'irai te chercher à la gare

Je porterai tes bagages 
Quel bonheur de te retrouver
Quand les yeux s'ouvrent
Je connais l'horizon du large
Il y a bien longtemps que je t'aime
Je t’emmènerai aussitôt sur 
"La jetée de la Loire"
Y a plein de trucs là-bas
Pas la peine de se torturer la frange
Hier, je t'aimais à l'imparfait
Tiens
Une champignonnière
Une ferme encavée en plaine troglo 
Et pourquoi pas les pommes tapées du côté de Saumur
L'Anjou t'envoûtera
Le cadre noir peut bien attendre
Eclairé à la bougie 
Les murs tuffeau imprégnés de fumée 
Pour déguster de délicieuses fouées dans un caveau
Roses trémières
Au détour d'un village
Tu émerveilleras ton visage face à la Loire 
pieds nus, foulant un banc de sable
Avec ou sans capeline
L'Angevine
Où l'ombre butine et caresse les peaux blanches
Les semailles sont à venir
Le jour, où je cueillerai tes baisers
Tu sèmeras à tous vents mes sentiments profonds
Comme une caravelle sur un océan de cœur
Poussées sans cesse par les douces pensées
Claquent les voiles
Je pourrai t'emmener
Aussi à Tours, découvrir son vieux quartier 
Ces vignobles, les châteaux de la Loire
Ce n'est pas un tour pour rien que te je propose
Aujourd'hui, j'ai un beau teint
J'ai ratissé quelques brindilles
Nouveau visage
Demain 
je t'embrasserai à ciel ouvert

dimanche 5 avril 2026

Le pont de Gennes




J'avais aperçu entre les tables enfumées, cette bouche qui dégustait le vin framboisé à la robe légère.
Cette rêveuse s'allongeant au bord de la Loire comme la Dame de Monsoreau en contrebas du pont de Gennes, m'intriguait. 
Magnifiée par une coulée de lumière dans l'odeur grillée des barbecues.
J'aimais l'Anjou populaire du dimanche après-midi où j'appréciais "ces galipettes" au beure d'escargot garnies dans les petits pains cuits au feu de bois.
Ces champignons de paris, 
Si énormes, qu'ils finissent de tomber par terre en se roulant dans les galeries souterraines saumuroises. D'où le nom "galipette".
Comment pouvais-je faire pour l'aborder? Le Saint Nicolas de Bourgueil sentait bon la craie.
Un graduel de notes de champignon, de sous bois, en prime le fruit rouge remplissaient ma bouche gourmande.
Mes lèvres retrouvaient le tuffeau de la cave.
Je pensais à la polka chantée, écrite par Anatole Verrier "Vive l'Anjou!Lorsque le soleil dore"
C'était le moment, pour oser le providentiel.
Avant que les bourgeois de Saumur arrivent. Se dandinent en leurs accoutrements de paroles à la con.
J'avançais, 
Elle était seule, son regard innocent plongeant dans l'eau.
Dans l'instant, j'avais posé le verre sur la margelle,
J'étais devant ce corps frémissant de désir.
Je l'apostrophais "Je m'appelle Laurent"
Me répondit "moi c'est Marie"



jeudi 19 mars 2026

Au fond du regard


Le regard semble profond.

 C'est un trou de mémoire où stagnent les éclaboussures d'une mère morte. Quand la douleur est vague, mon amour, elle n'emporte rien. Elle coule. Cette nuit pourtant, un brise-lames se pend dans le canal. J'entends son corps de brume sangloter un rire houleux. Et ton ombre au passage, qui ruisselle aux dernières cataractes, ne peut le secourir. De ce rire cristallin, résonne la plainte du puits perdu. Je l'entends, avec une âme qui grouille et des têtards de soupirs dans leurs bottes d'égoutier. Sous le battement de la pluie et des paupières, j'entends clapoter le collyre contre les grilles. Cette nuit, je te vois la peau nue, molle, humide. Mais peut-être que je ne sais pas voir, mon amour. Peut-être que cette douleur-là a simplement la cornée des sentiments rudes. Comme la tempête du soupirail. Comme le chagrin qui dessille à vivre dans les larmes. Hoquet, la souffrance disais-tu. Autour du globe, les pupilles sont devenus mousses par usure. 

A l'orphelinat, combien sont allés cueillir les prunelles au fond du jardin? Combien, énucléés, explosent de joie dans la poudre d'iris? Soudain l'océan a quelque chose de sinistre. Il écume et fait jaillir ta colère. A ta respiration cutanée, je devine une lente métamorphose. En orbite sur des brisants épars. Parfois, j'aime m'attarder sur la lentille rousse de ton front. J'y vois une île de beauté. De cette mère jamais létale, souffle la bise. C'est une baie vitrée. La transparence d'un monde vu de loin. Là-bas, je me noie dans la liqueur de tes yeux. Si l'alcool rétrécit les pupilles, il allume aussi l'éclat du ciel. Ces voiles immenses qui entraînent la fange des caniveaux. Tu as toujours ces mots qui font rire le silence, comme les "cabines d'uvée" ou la "cour borgne des miracles". Ces mots échardes, éclairés, te donnent la juste lumière. Alors cette nuit, je te suis les yeux fermés, mon amour. Il me suffit juste de lorgner ton île, d'essuyer un grain. Et d'apprendre les marées au fond du regard...

(texte Jonavin)

dimanche 8 mars 2026

Je serai ton prince d'amour

 


 Le prince charmant serait-il mort? 

Les individus ne recherchent pas systématiquement et consciemment un conjoint qui leur ressemble. Selon le sociologue François de Sincly, ce phénomène désigne plutôt un résultat d'ensemble car "en raison des courants d'échanges privilégiés entre certains groupes de l'espace social, et en raison des répulsions qui font que même dans une société en mouvement certaines trajectoires ne se croisent jamais " les semblables (ou du moins ceux qui partagent une même culture de groupe) s'assemblent plus fréquemment.

Pour Michel.Forsé et Louis Chauvel, l'homogamie repose principalement sur le devenir social de chaque individu. ( L'homogamie est l'union de deux personnes du même groupe social ) Dans leur étude, l'Homogamie existe, prédomine mais se transforme : au final, le niveau social et culturel reste une composante déterminante dans le choix d'un potentiel conjoint. Bien évidemment, on n'aborde pas l'autre dans l'intention consciente d'identifier ces critères.

Bien plus pervers, le choix est biaisé par les différentes formes de socialisation et de sociabilité auxquelles participent les acteurs. Elles jouent le rôle de filtres endiguant le champ des possibilités à portée de chaque individu. 

D'après les sociologues, Michel Bozon et François Héran constatent que les formes de socialisation et de sociabilité conduisent les individus vers leur "destin sentimental" 

Pour reprendre le slogan " N'importe qui ; de même n'importe qui ne se rencontre pas n'importe où ".

 Les lieux de rencontre peuvent se résumer en trois catégories comme le triangle de rencontre.

 Lieux publics, lieux réservés et lieux fermés. 

Ainsi un cadre va trouver son conjoint dans des sphères différentes de celles de l'ouvrier, pour des raisons conscientes, le lieu public le soumettant à un aléa très fort dans le type de partenaire rencontré : il va préférer le lieu réservé. 

- L'ouvrier, lui, aura une perception différente du type de rencontre que lui procure l'espace public, et à défaut d'avoir accès à des lieux plus sélectifs, va lui accorder une fonction matrimoniale beaucoup plus importante. -

-  Les lieux réservés sont surtout l'apanage des classes supérieures. Leur caractère de sélectivité suppose le respect de certaines conditions, quelles soient matérielles ( lieu de vacances), culturelles ( études, associations; sport ) ou relationnelle (clubs rencontre entre amis) dont l'accès est symboliquement contrôlé. 

 - Les milieux populaires se rencontrent plutôt dans les lieux publics ( fêtes, foires, bal, rue, café, centre commercial).

 - Les cadres du privé, patron ou profession libérales dans les lieux privés (domicile, près de la famille, entre amis). 

La fréquentation d'un lieu définit donc nos fréquentations. Il existe des facteurs psychologiques relatifs au jugement qu'il est possible là encore de différencier en fonction de la catégorie sociale à laquelle appartient l'individu. En règle générale, les acteurs cherchent chez l'autre certains signes d'appartenance à une classe sociale supérieure. Alors que l'étude des lieux de rencontre fait état d'une relative similitude entre les hommes et les femmes. L'apparence physique n'est pas perçue de la même façon, chaque sexe cherchant chez l'autre des attributs différenciés. 

En premier constat, les femmes beaucoup plus que les hommes ont une idée préconçue de l'homme idéal, indépendamment de leur classe sociale d'appartenance ; Elles sont, plus souvent que les hommes sensibles à la première image que celui - ci leur a laissé (tenue vestimentaire - attributs).

 L'étude montre que plus le niveau social des femmes s' élève, plus l'homme idéal est pensé : c'est un homme grand, mince, brun un peu comme Laurent.

On constate que les attributs favoris des hommes aux yeux des femmes sont des attributs plus sociaux que physiques (notamment par la forte proportion de femmes aimant les hommes à lunettes, symbole d'intellect dans l'imaginaire social). Sans pour autant parler d'absence de liberté, il semble donc que le choix d'un conjoint est endigué socialement, aussi bien au niveau individuel qu' au niveau collectif. Quelques choix dits atypiques existent ; ils seraient explicables par l'influence des origines sociales de chaque individu (profession des parents, milieu rural ou urbain, profession des grands parents).

 Il existe donc bien un fort déterminisme social régissant les unions entre les individus. 

Est-ce la mort du prince charmant? (colloque Ined N°7- M.Bozon )

lundi 16 février 2026

Caïffa

 


On peut lire cette inscription en lettres dorées à l'arrière de sa poussette:
 "Au Planteur de Caïffa". La roue folle sous le timon a un léger voile. Les deux autres touchent le patin de frein chaque fois que le garçon amorce un virage ou force un peu sur la barre de poussée pour s'extraire d'un nid-de-poule.
 Il va de ferme en ferme, de grange en grange, suivant la route sinueuse qui parfois traverse un hameau isolé, une foire aux bestiaux.
Il a peut-être l'âge de son chien. Des yeux d'épagneul, un air cabot. Il porte un tablier bavette, une casquette plate et une sacoche d'épicier en cuir fauve qui lui sangle le bas du ventre. On l'entend haranguer son traineau de loin, surtout quand Canaille aide à la traction. Les après-midis d'été, le goudron colle aux bandages; il lui faut rouler sur le bas-côté. L'hiver, la neige crotte les garde-boues et fait souvent miroir avec le chemin disparu. Mais qu'importe le temps s'il n'a pas ses dix francs de recette. Qu'importe les nuages de poussière d'une automobile pétaradante, la voiture à cheval du hongreur qui l'entraine invariablement dans le fossé. Qu'importe le froid et les engelures, la pluie, le soleil qui lui cisaille la nuque, le hurlement des loups, la fatigue, les jets de pierre. Il est le caïffa, un itinérant qui vend avant tout de la bonne humeur et colporte les nouvelles.

Chaque jour, à l'aube, il gagne le dépôt, pèse puis ensache les pochons de café, la chicorée et le chocolat à croquer qu'il stocke dans les tiroirs superposés de sa carriole. Sur le coffre bâché, devant un comptoir, un assortiment de levures et de farines, d'épices, de sardines en boîtes, de sucre ou de lessive bon marché, un éventaire qu'il doit chiner avec des ménagères ridées comme un pied de vigne. Des paysans chafouins et grippe-sous, des enfants gourmands, émerveillés. Un crayon gras sur l'oreille dont il mouille la mine machinalement, il prend commande avec l'air affable de celui qui sait vanter ses trésors. Il pointe un doigt, grimace, fait la toupie, virevolte, ramasse les timbres fidélité et laisse enfin Canaille japper la monnaie, la casquette entre les dents.
Les jours chauds, on lui offre un verre de vin. L'hiver, on l'autorise à dormir dans la paille nez à museau. Alors il chantonne, compte les étoiles, enlace son chien. Libre comme l'air.
Mais ce soir, il neige à pourfendre. Longtemps, dans les semaines à venir, on guettera les aboiements de Canaille...

 (texte Jonavin)


dimanche 8 février 2026

Inconstance

 


J’avais aimé le soleil de novembre pâle sur le pare-brise. Avant de laisser mon imagination planer dans les contrées de la mayenne angevine. La musique de Jamiroquai rythmait les formes du paysage.

 Replié sur mes désirs, le vide m'envahissait à l'aube de la quarantaine.

Je n'éprouvais pas de soucis amoureux, pas de problème de santé ni financier.

Cependant, je pressentais une inconstance du bonheur dans ma vie. 



dimanche 1 février 2026

Collioure

 

 

Sous le sillet d'un ciel Matisse,
Je n'avais pas fermé tous les volets de ma chambre.
J'osais toutes les couleurs,
De ces vignes étagées comme une robe gitane dont le décor m'offrait le spectacle.
Mon regard ne plongerait pas dans le vertige de la mer bleue.
Je savais que ce rosé de février chaufferait doucement ma bouche.
Dès les premières gorgées, les épices douces de la méditerranée m'apporteraient les notes poivrées.
Le grenache amplifiant les parfums de fruits mûrs avec la syrah contrebalançant l'équilibre pour partir dans le rouge vif léger.
Paupières mi-closes. J'écoutais " La tsigane s'enivrait de la fraîcheur du vent chaud.
Avant de goûter la groseille sauvage s'écraser légèrement sous ma langue.
Mon cœur soufflant l'éclosion envoûtante de ma bohème,
De cette perception aromatique intense comme le vent du nord s'enroulant dans les ruelles teintées d'ocre et de rose.
Je sentais encore le cliquetis de ses bracelets...

dimanche 18 janvier 2026

Libe et Lulle



  Libe et Lulle sont deux demoiselles. Deux demoiselles qui font du zèle. Des coups bleus avec leurs ailes . Deux petites fleurs bleues avec quatre petites ailes et six gros ocelles.

Quand valsent les moustiques, elles font les gros yeux. 

A la piqûre d'un regard, prennent la mouche. Et tiquent ! Elles volent l'été, le temps et les volants de taie à l'étang. Des coussins de brume et de roseaux, un drap d'eau et de rosée...aquatique. Corsetées, elles voltigent de joncs en jonques, se chinent de jaune et de jonquille dans le crépuscule. Là où les nénuphars pullulent. Libe et Lulle, alors se congratulent, s'exhibent. Conciliabules et bribes se bercent  sur le trille d'un vent qui ulule avec les moulins à tan. Mais déjà tourne la roue à aubes. Un matin de papier bulle qui se dérobe avec les premiers papillons. Les premiers taons...

Là où la bonde s'émonde de ses branches mortes, Libe et Lulle capitulent dans la ronde. La fronde qui démantibule leurs mandibules, inhibe la diatribe de leurs sentiments ridicules. Elles ondulent sereines et reines, comme les battements d'une pendule, ce scribe malfaisant, cet immonde crapule. Là où la vase abonde, les pluies inondent la mare aux libellules. Et ces insectes agaçants, minuscules, soudain se dévergondent à contre-vent...

(texte Jonavin)

mardi 13 janvier 2026

La loire

 Quelques heures auparavant, la lune dardait les blés de la Beauce.

j'étais parti comme un voleur en passant furtivement par la chambre. 

Il ressemblait tellement à sa mère en dormant paisiblement.

Vitres entrouvertes, je roulais pour oublier les syllabes hurlées.

Avant Orléans,

Des nuées de colère avaient noyé un ciel reflétant ses écorces de fruits mûrs,
Comme la beauté du diable où mes remords serpentaient dans les reflets de la nuit.
S'il y en a qui tape une femme avec une fleur, je revoyais sans cesse la scène quand je l'avais giflé devant les yeux médusés de mon enfant.
De cette lumière, la poitrine encore serrée.
Je bifurquais vers le pont de Blois
La Loire tranquille où 
Je sentais le courant colportant le secret aux pensées invisibles.
J'approchais doucement d'Amboise.
Comme jadis,
Je préférais faire une pause sur la berge de Montlouis.
Bien qu'il était encore tôt pour purifier ma conscience.
Je pensais que dans la mare aux secrets, la source allait renaître de ses profondeurs.
Comme une affirmation qui frisottait dans les fumées de l'aube.
J'appuyais fortement mes mains sur le visage qui glissaient lentement
Dans la seiche au vent,
Je savais que j'allais la perdre à tout jamais.

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