C'est un trou de mémoire où
stagnent les éclaboussures d'une mère morte. Quand la douleur
est vague, mon amour, elle n'emporte rien. Elle coule.
Cette nuit pourtant, un brise-lames se pend dans le canal.
J'entends son corps de brume sangloter un rire houleux. Et ton
ombre au passage, qui ruisselle aux dernières cataractes, ne
peut le secourir. De ce rire cristallin, résonne la plainte du puits
perdu. Je l'entends, avec une âme qui grouille et des têtards de
soupirs dans leurs bottes d'égoutier. Sous le battement de la
pluie et des paupières, j'entends clapoter le collyre contre les
grilles. Cette nuit, je te vois la peau nue, molle, humide. Mais
peut-être que je ne sais pas voir, mon amour. Peut-être que
cette douleur-là a simplement la cornée des sentiments rudes.
Comme la tempête du soupirail. Comme le chagrin qui dessille à
vivre dans les larmes. Hoquet, la souffrance disais-tu. Autour du
globe, les pupilles sont devenus mousses par usure.
A
l'orphelinat, combien sont allés cueillir les prunelles au fond du
jardin? Combien, énucléés, explosent de joie dans la poudre
d'iris?
Soudain l'océan a quelque chose de sinistre. Il écume et fait
jaillir ta colère. A ta respiration cutanée, je devine une lente
métamorphose. En orbite sur des brisants épars.
Parfois, j'aime m'attarder sur la lentille rousse de ton front. J'y
vois une île de beauté. De cette mère jamais létale, souffle la
bise. C'est une baie vitrée. La transparence d'un monde vu de
loin. Là-bas, je me noie dans la liqueur de tes yeux. Si l'alcool
rétrécit les pupilles, il allume aussi l'éclat du ciel. Ces voiles
immenses qui entraînent la fange des caniveaux. Tu as toujours
ces mots qui font rire le silence, comme les "cabines d'uvée" ou
la "cour borgne des miracles". Ces mots échardes, éclairés, te
donnent la juste lumière. Alors cette nuit, je te suis les yeux
fermés, mon amour. Il me suffit juste de lorgner ton île,
d'essuyer un grain. Et d'apprendre les marées au fond du
regard...
Les individus ne recherchent pas systématiquement et consciemment un conjoint qui leur ressemble. Selon le sociologue François de Sincly, ce phénomène désigne plutôt un résultat d'ensemble car "en raison des courants d'échanges privilégiés entre certains groupes de l'espace social, et en raison des répulsions qui font que même dans une société en mouvement certaines trajectoires ne se croisent jamais " les semblables (ou du moins ceux qui partagent une même culture de groupe) s'assemblent plus fréquemment.
Pour Michel.Forsé et Louis Chauvel, l'homogamie repose principalement sur le devenir social de chaque individu. ( L'homogamie est l'union de deux personnes du même groupe social ) Dans leur étude, l'Homogamie existe, prédomine mais se transforme : au final, le niveau social et culturel reste une composante déterminante dans le choix d'un potentiel conjoint. Bien évidemment, on n'aborde pas l'autre dans l'intention consciente d'identifier ces critères.
Bien plus pervers, le choix est biaisé par les différentes formes de socialisation et de sociabilité auxquelles participent les acteurs. Elles jouent le rôle de filtres endiguant le champ des possibilités à portée de chaque individu.
D'après les sociologues, Michel Bozon et François Héran constatent que les formes de socialisation et de sociabilité conduisent les individus vers leur "destin sentimental"
Pour reprendre le slogan " N'importe qui ; de même n'importe qui ne se rencontre pas n'importe où ".
Les lieux de rencontre peuvent se résumer en trois catégories comme le triangle de rencontre.
Lieux publics, lieux réservés et lieux fermés.
Ainsi un cadre va trouver son conjoint dans des sphères différentes de celles de l'ouvrier, pour des raisons conscientes, le lieu public le soumettant à un aléa très fort dans le type de partenaire rencontré : il va préférer le lieu réservé.
- L'ouvrier, lui, aura une perception différente du type de rencontre que lui procure l'espace public, et à défaut d'avoir accès à des lieux plus sélectifs, va lui accorder une fonction matrimoniale beaucoup plus importante. -
- Les lieux réservés sont surtout l'apanage des classes supérieures. Leur caractère de sélectivité suppose le respect de certaines conditions, quelles soient matérielles ( lieu de vacances), culturelles ( études, associations; sport ) ou relationnelle (clubs rencontre entre amis) dont l'accès est symboliquement contrôlé.
- Les milieux populaires se rencontrent plutôt dans les lieux publics ( fêtes, foires, bal, rue, café, centre commercial).
- Les cadres du privé, patron ou profession libérales dans les lieux privés (domicile, près de la famille, entre amis).
La fréquentation d'un lieu définit donc nos fréquentations. Il existe des facteurs psychologiques relatifs au jugement qu'il est possible là encore de différencier en fonction de la catégorie sociale à laquelle appartient l'individu. En règle générale, les acteurs cherchent chez l'autre certains signes d'appartenance à une classe sociale supérieure. Alors que l'étude des lieux de rencontre fait état d'une relative similitude entre les hommes et les femmes. L'apparence physique n'est pas perçue de la même façon, chaque sexe cherchant chez l'autre des attributs différenciés.
En premier constat, les femmes beaucoup plus que les hommes ont une idée préconçue de l'homme idéal, indépendamment de leur classe sociale d'appartenance ; Elles sont, plus souvent que les hommes sensibles à la première image que celui - ci leur a laissé (tenue vestimentaire - attributs).
L'étude montre que plus le niveau social des femmes s' élève, plus l'homme idéal est pensé : c'est un homme grand, mince, brun un peu comme Laurent.
On constate que les attributs favoris des hommes aux yeux des femmes sont des attributs plus sociaux que physiques (notamment par la forte proportion de femmes aimant les hommes à lunettes, symbole d'intellect dans l'imaginaire social). Sans pour autant parler d'absence de liberté, il semble donc que le choix d'un conjoint est endigué socialement, aussi bien au niveau individuel qu' au niveau collectif. Quelques choix dits atypiques existent ; ils seraient explicables par l'influence des origines sociales de chaque individu (profession des parents, milieu rural ou urbain, profession des grands parents).
Il existe donc bien un fort déterminisme social régissant les unions entre les individus.
Est-ce la mort du prince charmant? (colloque Ined N°7- M.Bozon )