C'est un trou de mémoire où stagnent les éclaboussures d'une mère morte. Quand la douleur est vague, mon amour, elle n'emporte rien. Elle coule. Cette nuit pourtant, un brise-lames se pend dans le canal. J'entends son corps de brume sangloter un rire houleux. Et ton ombre au passage, qui ruisselle aux dernières cataractes, ne peut le secourir. De ce rire cristallin, résonne la plainte du puits perdu. Je l'entends, avec une âme qui grouille et des têtards de soupirs dans leurs bottes d'égoutier. Sous le battement de la pluie et des paupières, j'entends clapoter le collyre contre les grilles. Cette nuit, je te vois la peau nue, molle, humide. Mais peut-être que je ne sais pas voir, mon amour. Peut-être que cette douleur-là a simplement la cornée des sentiments rudes. Comme la tempête du soupirail. Comme le chagrin qui dessille à vivre dans les larmes. Hoquet, la souffrance disais-tu. Autour du globe, les pupilles sont devenus mousses par usure.
A l'orphelinat, combien sont allés cueillir les prunelles au fond du jardin? Combien, énucléés, explosent de joie dans la poudre d'iris? Soudain l'océan a quelque chose de sinistre. Il écume et fait jaillir ta colère. A ta respiration cutanée, je devine une lente métamorphose. En orbite sur des brisants épars. Parfois, j'aime m'attarder sur la lentille rousse de ton front. J'y vois une île de beauté. De cette mère jamais létale, souffle la bise. C'est une baie vitrée. La transparence d'un monde vu de loin. Là-bas, je me noie dans la liqueur de tes yeux. Si l'alcool rétrécit les pupilles, il allume aussi l'éclat du ciel. Ces voiles immenses qui entraînent la fange des caniveaux. Tu as toujours ces mots qui font rire le silence, comme les "cabines d'uvée" ou la "cour borgne des miracles". Ces mots échardes, éclairés, te donnent la juste lumière. Alors cette nuit, je te suis les yeux fermés, mon amour. Il me suffit juste de lorgner ton île, d'essuyer un grain. Et d'apprendre les marées au fond du regard...
(texte Jonavin)
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