jeudi 24 octobre 2019

Bleu pour le ciel à contre courant



Allongé sur le dos,
Hier, j'aimais
Le mouvement de tes doigts
Oscillant dans la seiche au vent
Chapeau de paille entouré d'un ruban
Flottant
L’insouciance
J’aime tout en toi
Quand tu sèmes à tout vent
Là, où ton ombre butine
Et caresse les peaux blanches
Libellule pour la tourbe légère
Bleu pour le ciel à contre courant
Bleu pour la romance du ciel

mercredi 16 octobre 2019

A la ligne

Je me suis levé tôt. Les ombres mouillaient la nuit. Autour de la montagne, un feu d'étoiles.
Dès l'aube, j'ai pris mon filet pochoir, une vieille raquette de tennis débarrassé de son cordage à laquelle j'ai rajouté la poche d'une épuisette. Papa l'avait dit : C'est à la rosée qu'il faut les prendre, quand elles sont engourdies par la fraîcheur nocturne!"
Le filet est très utile dans les marais herbeux. Suffit d'exercer des mouvements de balayage jusqu'à ce que la poche s'alourdisse. Évite de faucher après la pluie mais patiente avant un orage. Les sauterelles seront nombreuses et actives avec un ciel noir. Papa appelait ça la chasse éclair.
J'ai gardé ma prise dans un bocal hermétique.Un simple pot de confiture dont j'ai percé le couvercle.Conserve les vivantes disait-il. La sauterelle est l'appât le plus efficace quand les eaux se teintent.

Aussi, le ciel gronde encore que j'attache le manche de la canne sous la selle de mon vélo, laissant dépasser le scion bien au-delà du guidon.J'ai déjà préparé le panier en rotin, le raphia et les hameçons. Je pédale prudemment le long du ruisseau. Peu à peu, l'obscurité laisse place à une légère brume qui stagne dans les eaux basses. Parfois, un corbeau croasse, une branche flotte, griffure dans la nuit. A l'endroit de la montagne, là où le torrent se calme et forme un coude sans trop de courant, je pose enfin ma canne. Rien a changé. Ni les pierres formant un pont dans le tumulte apprivoisé, ni les roseaux jaseurs d'une fin d'été. Rien.

Studieux, je "lis" les mouvements de l'eau. Les courants, la profondeur. La discrétion, comment s'accroupir sans faire de bruit, comment s'interdire de patauger dans le lit du ruisseau quand la truite s'y couche. Tout comme tu me l'a appris. Peu importe la bredouille.
Je plombe assez bas, à quelques centimètres de l'hameçon afin de pêcher le plus léger possible. Car le poids est l'ennemi du pêcheur, mon garçon rappelle t-en.D'ailleurs, il n'est pas rare d'avoir une touche à moins de vingt centimètres d'eau. La canne est celle de mon enfance. Un long bambou avec un moulinet dans le talon, flexible mais fragile. Papa me l'avait fabriqué pour mes huit-ans. Entretoisée artisanalement, son fil intérieur conserve une glisse parfaite, même sous la pluie. Je la sert très fort, les yeux humides.

Ensuite, je fais passer l'hameçon derrière la tête de la sauterelle, sous le corselet, faisant ressortir l'ardillon de moitié. L'insecte gigote. Le plomb de touche est assez loin afin que l'appât puisse remonter dans le courant.C'est étrange. Les gestes sont mécaniques.
Il y a un peu de vent. Doucement je me couche à plat ventre. La truite est là. Méfiante. J'apprécie la distance qui nous sépare.Tandis que la sauterelle tombe à l'eau. Je la ferre sans hésitation.

Tu ris...

(texte Jonavin)

dimanche 13 octobre 2019

La souche

Jamais Louise n’a senti le vent
Ni personne pour caresser sa peau tiède
Aucune embellie où tout se rapproche
Allongée sur une souche en forêt de juin
Elle dort
Une lueur ou bien une ombre
Transperce son corps
Puis se retire
Pour lui dire
Adieu

jeudi 10 octobre 2019

La dame de Monsoreau

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iL y a toujours ce bouquin de la « Dame de Montsoreau » sur mon lit. Et je n’aime pas lire.
S’il y avait une fête populaire au Puy Notre Dame, au moins je t’emmènerai voir les fameuses galipettes, oui ces champignons de Paris que l’on cultive dans les galeries Saumuroises.
Ils sont énormes parce qu’on les laisse pousser plus longtemps. Et puis un jour, la tête tombe pour se rouler. Alors, on les ramasse pour les faire griller sur de grands barbecues, accompagnés d’un beurre d’escargots que l’on déguste avec des fouées.


Tu sais, ces petits pains cuits au feu de bois, garnis de rillettes, de mogettes, de fromage de chèvre ou de beurre salé.
Perdue, au milieu de ces grandes tablées aux fumées odorantes.
J’aime quand tes lèvres goûtent le vin framboisé. Dans l’instant, je te vois en robe légère t’allongeant au bord de l’eau. Tête rêveuse.
Le pont de Gennes, magnifié par une coulée de lumière où j’imagine, le premier rendez-vous. L'ombrelle habillée de noir ouverte comme un parapluie qui tourne comme une fleur agitée.

Attendant que le soleil touche la main. 
Paupières mi-closes,
Depuis la chambre
, j’écoute la pluie…

mercredi 9 octobre 2019

La petite place de Marçon





La petite place de Marçon était calme, moment idéal pour casser la croûte au soleil. 
Assis sur le banc, je découvrais les lieux pour la première fois.
Etrange novembre en bruyère sous le soleil pâle.
Comme l’endroit s’y prêtait, j’imaginais...

samedi 5 octobre 2019

Un petit mariage de campagne

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Les familles se disloquaient le long de la petite route de campagne.
Je me souviens encore des pas qui crissaient sur le gravier, de ce vent soulevant les vêtements.
Le porche de l’église romane dans la pâle lumière de décembre avant que ne résonne « Gloria in excelcis Deo »
La mariée, au bras de son père avançant doucement  jusqu' au transept, teinté  de » Terre d’espoir qui réveillait le chœur d’Elgar. »
Le bouquet rond champêtre dans la légèreté de la main,  dans la portée
De
Frantz Schubert –«  Avé Maria »,
Haendel –«  Alleluia »
Ainsi que,
Borodine, Verdi et d’autres dont j'ai oublié les noms.
Mais la clef la plus saisissante,
C’était la sortie des mariés dans la pénombre,
Un lancer de confettis, de riz, de pétales roses, blanches qui tournoyaient dans la nuit, le tout bercé par le son des cloches.

jeudi 26 septembre 2019

Caïffa

Résultat de recherche d'images pour "photo de colporteur de marchand de café"On peut lire cette inscription en lettres dorées à l'arrière de sa poussette: "Au Planteur de Caïffa". La roue folle sous le timon a un léger voile. Les deux autres touchent le patin de frein chaque fois que le garçon amorce un virage ou force un peu sur la barre de poussée pour s'extraire d'un nid-de-poule. Il va de ferme en ferme, de grange en grange, suivant la route sinueuse qui parfois, traverse un hameau isolé, une foire aux bestiaux.
Il a peut-être l'âge de son chien. Des yeux d'épagneul, un air cabot. Il porte un tablier bavette, une casquette plate et une sacoche d'épicier en cuir fauve qui lui sangle le bas du ventre. On l'entend haranguer son traineau de loin, surtout quand Canaille aide à la traction. Les après-midis d'été, le goudron colle aux bandages; il lui faut rouler sur le bas-côté. L'hiver, la neige crotte les garde-boues et fait souvent miroir avec le chemin disparu. Mais qu'importe le temps s'il n'a pas ses dix francs de recette. Qu'importe les nuages de poussière d'une automobile pétaradante, la voiture à cheval du hongreur qui l'entraine invariablement dans le fossé. Qu'importe le froid et les engelures, la pluie, le soleil qui lui cisaille la nuque, le hurlement des loups, la fatigue, les jets de pierre. Il est le caïffa, un itinérant qui vend avant tout de la bonne humeur et colporte les nouvelles.

Chaque jour, à l'aube, il gagne le dépôt, pèse puis ensache les pochons de café, la chicorée et le chocolat à croquer qu'il stocke dans les tiroirs superposés de sa carriole. Sur le coffre bâché, devant un comptoir, un assortiment de levures et de farines, d'épices, de sardines en boîtes, de sucre ou de lessive bon marché, un éventaire qu'il doit chiner avec des ménagères ridées comme un pied de vigne. Des paysans chafouins et grippe-sous, des enfants gourmands, émerveillés. Un crayon gras sur l'oreille dont il mouille la mine machinalement, il prend commande avec l'air affable de celui qui sait vanter ses trésors. Il pointe un doigt, grimace, fait la toupie, virevolte, ramasse les timbres fidélité et laisse enfin Canaille japper la monnaie, la casquette entre les dents.
Les jours chauds, on lui offre un verre de vin. L'hiver, on l'autorise à dormir dans la paille nez à museau. Alors il chantonne, compte les étoiles, enlace son chien. Libre comme l'air.
Mais ce soir, il neige à pourfendre. Longtemps, dans les semaines à venir, on guettera les aboiements de Canaille...

(extrait texte Jonavin)

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