vendredi 16 juillet 2021

Un nombre parfait 3ème et 4ème partie

 J'ai égaré le passage concernant l'escalier de Chartres pour la 3ème partie. Désolé, impossible de retrouver le fichier.

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Vous sera craché autant de fois qu’il apparaît dans notre bible. Céleste, comme la béatitude, les anges. Comme ces corps, qui bientôt pourriront derrière un talus ou une porte cochère.
Céleste comme discipline et le nombre 13, au rang des chiffres maudits. Mais vous n’en savez rien, mon père. Vous, vous marchez en me parlant des étoiles, du pardon des hommes, d’une justice à l’encan du péché des fidèles qui vous suivent aveuglément
Hector Gaillac n’expiera pas du péché de gourmandise. Avant que je ne le rencontre, il doit fêter ses noces de tourmaline en avril prochain. C’est un boucher gras et adipeux, féru de viande bisonne qu’il bonimente parfois sur un marché couvert d’Issoudun. Je le tuerai avec une fourchette de maillechort planté dans la gorge. A vendre ses côtelettes, ce bon vivant dépeceur, touche au sacré.
Tout comme Amandine Creusot d’ailleurs, étudiante en histoire que j’étranglerai en récitant les Djinns de Victor Hugo. Elle aussi touche au sacré. Je l’ai rencontré lors du rassemblement des jeunesses chrétiennes à la gloire du pape. Froidement, je l’écoute me parler de son travail sur les tombes miniatures, sculptées dans la pierre de la Grande Pyramide. Sur le règne d’Osiris ou celui de Jéhu à Samarie en Israël. Comme une litanie où les chiffres résonnent dans un reliquat d’histoire déjà oublié.
Ce qui est mystère doit rester mystère.
Mieux que le crime, mon père, j’ai trouvé un nombre parfait…

(texte jonavin)

lundi 12 juillet 2021

Un nombre parfait (2ème partie)

 Au cœur de la Beauce, département de l’Eure et Loir, à moins de trente kilomètres de Chartres. C’est ici que nous sommes, en vue des flèches du clocher. Partis de Notre-Dame, sous la galerie des Rois où veillent les statues, j’ai le long du trajet, ressassé les « temps de l’Ecclésiaste : chapitre 3, verset 2 à 8 »

…Il y a un temps pour tout, un temps pour toutes choses sous les cieux. Un temps pour… »Une manière symbolique de donner corps à mes pulsions, de baliser ma folie intermittente et de jauger ce jeune séminariste qui inquiet, avait tout de suite chiffonné le papier de mon énigme non résolu, en souriant. (Une plaisanterie de gamins, n’y prêtons guère attention et prions maintenant, voulez-vous…) 
Prions, oui. Pour le salut de votre âme. Pour l’opus 28 de Chopin. Prions mon père, pour l’Avent et les constellations chinoises. Pour tous ces mystères qui vous condamnent. Prions pour les changements de lune et le mois de février purificateur. Et priez pour notre vieillard crédule, renvoyé aux calendes grecques, mort de sa belle mort. Ce géronte de Sparte, élu local et maire influent, tombé accidentellement du pont des Minimes. N’est-il pas dit que Dieu juge ainsi les justes et les méchants ? Aujourd’hui, nous fêtons les romains. Et quoi de mieux que l’hiver pour tuer les miasmes de votre existence d’ascète. Et que retenir de vos marmonnements secrets ?
A la première halte, je lui donne ma gourde. Calice de douleur où la patène de mes doigts couvre ses lèvres déjà molles. Depuis la forêt de Rambouillet, je lui récite l’acte des apôtres, énumérant chaque matière avec un sang froid méthodique. Je l’observe qui hoche la tête. Sans doute se souvient-il de son sacerdoce pas si lointain où étudiant religieux, il travaillait encore sur les occurrences…

texte Jonavin

vendredi 2 juillet 2021

Un nombre parfait




 Le prêtre Armand Morel a un vieil accent lorrain. De profil, je peux lire l’alphabet de Dieu dans les voyelles de sa voix sonnante. Comme une peau moite, elle transpire puis s’essouffle à mots espacés. Dans l’écho des brodequins ferrés, tintent les tiraillements douloureux de son pas claudicant. D’une haleine, voilà qu’il rabâche en bon perroquet, les pèlerinages de Pentecôte et l’itinéraire de cette route régionale emprunté autrefois par Charles Péguy. Je l’écoute réciter un passage de la crucifixion, calquant mon allure à sa démarche engourdie. A perte de vue, l’ombre de mon bâton gangrène la terre humide. Les champs de blés verts habités de vent. Et le ciel, qui arrosé de gouttes froides colle aux chemises. C’est un vent d’orage. Un vent boiteux qui trébuche sur la lecture du prêtre dans ses images d’Epinal.

Sac à dos, une demi-douzaine de famille déambule le long des fossés. Contre les rafales, quelques scouts ci-et-là, brandissent mollement leurs bannières multicolores. D’autres encore, égrènent leur chapelet, tête basse, jambes lourdes, n’évitant plus les flaques qui désormais, reflètent l’image d’un cortège désuni.
Du macadam goudronné monte une odeur de mort lente. Dans le faisceau de plusieurs lampes torches, le ciel semble à peine éclairé.
L’aumônier s’arrête pour reprendre haleine. A cet endroit, le sol est caillouteux avec un chemin tissé de ronces jusqu' à la borne. Il écoute battre son cœur fatigué par l’effort. Je l’observe prendre appui sur sa badine. Un obèse du nom de Gaillac manque à l’appel, ce qui porte à six maintenant, le nombre de fugitifs ou de disparus depuis la veillée de prière.
L’averse torrentielle de cette nuit a trempé les sacs de couchage. Et peut-être anéanti le courage des plus fervents à combattre les doutes autour du bivouac. Dans ma besace, un jeu de dominos et une édition de poche du roman " Robinson Crusoé " ne sont qu’un alibi. Comme l’arsenic versé à petites doses dans son café brûlant.
Le père Morel n’a pas revêtu son costume ecclésiastique. Pas de longue robe boutonnée très haut ni de chapeau à glands comme le curé d’Ars dans " le sorcier du ciel ". Juste un pull à col roulé vert pomme. De son front large, un bonnet noir et quelques cheveux fillasse lui prête la crinière épaisse du bison. Longtemps, j’ai cherché dans ce visage poupin, une figure vieillie, amère, détestable. Mais je n’ai vu qu’un visage en pleine lune. Bouddha méditant sous son figuier. Et la coiffe en plumes d’aigle d’un chaman Arapaho. Comme la beauté du diable encorné pendant la danse du soleil, un totem dans un face-à-face spirituel entre la bête et le danseur. Je n’ai vu que mes crimes, fautivement quantifiables, atroces, calculés, prémédités.

texte Jonavin

jeudi 17 juin 2021

Restaurant brasserie Fouquet's


  

D'après le menu, 120 euros/pers. service compris. Ce lieu tant critiqué n'est pas le plus beau resto de Paris mais j'aimerai m'asseoir confortablement sur cette terrasse, j'ai toujours aimé le face à face spirituel où le féminin, masculin se mélange dans la séduction dont les regards persistants bercent les émotions fraîches dans la temporalité.

                        Le menu est simple, épuré pas de noms à la gomme, à rallonge.
                        Le chic parisien à portée de main.. Attention, parfois (être sous le charme d'une femme vénusienne) peut nous amener à commander une bouteille de Dom Pérignon. ici le champagne monte vite à 850 euros, tout de même la température sera de 5 à 7 ° Celsius et le garçon vous apportera la carte.

                        Voici, le déroulé. Je suis un gars de banlieue, avec moi tout est compris.

Apéritif 
Coupe de Champagne

***
Entrées
Carpaccio de Saint-Jacques,
 
Marinière de légumes parfumée à la citronnelle
ou
Pressé de légumes
ou
Marbré de foie gras de canard
 
Jean -Loup Dabadie
ou
Douze escargots de Bourgogne
 
à la persillade

***
Plats
Noix de Saint-Jacques françaises,
 
Risotto aux courgettes, écume de parmesan
ou
Merlan Colbert, pomme au four
 
à la persillade, sauce tartare
ou
Daurade royale marinée aux herbes Crest,
Bohémienne de légumes, cannelloni de caponata
ou
Médaillon de veau grillé,
 
Céleri pomme navet Daikon,
 
Champignons sautés au jus
ou
Demi- volaille rôtie
aux herbes de Provence,
jus perlé

***
Desserts 
Chariot de pâtisseries maison

***
Vins
(½ bouteille par personne)
En accord parfait
Selon conseil

***
Eaux minérales
(½ bouteille par personne)

***
Café Gold Selection
Mignardises

mercredi 16 juin 2021

Zepellin

 Le jardin s' est refroidi aux cosses de l' hiver. Parfois sourd une lueur qui vient pomper la terre avec des nuées d'averse. Elle creuse l'ombrage des fruitiers, brûlant d'un reflet rageur le trop plein des côteaux.

Les deux mains sur le manche, Herman plante sa fourche. Tout en rallumant son mégot, il suit du regard les ombres fumantes descendre sur la ferme, cent mètres plus bas. Soudain surgit son porche avec un escalier à jour central ouvrant sur une courette.
La toiture à larges débords mange la façade et force quelques tuiles à disparaître sous les encoignures. Comme celles mauvaises de l'étable où le vieux distingue le lustre des sonnailles derrière une étroite lucarne. Mais au détour, rien n'éclaire autant que le jasmin, palissé le long du mur dont les rameaux attisent encore de leur floraison dorée les recoins les plus sombres. Il aime cette lumière jaune givrée. Comme celle de son jardin avec l'éclat des baies lumineuses de l'argousier.
De son feuillage aciéré comme la toile d'un dirigeable, l'arbrisseau lui rappelle alors ses années de pilote dans la marine impériale.
Déjà une heure qu' ils ont grimpé le talus pour semer les annuelles. Frantz l'accompagne dans le clos de rocaille où poussent les cornouillers. Juste parce que les branches représentent l'armature sanguine d'une guerre qui n'en finit pas de vieillir. Perplexe, le vieux fait rouler son mégot d' une lèvre à l'autre. C' est vrai que cette guerre-là voit passer bien trop d' hivers. Pour preuve, les nazis ont déjà ferraillés le graf depuis deux ans.
Il laisse flotter son mécontentement sur les fougères d'un parterre boisé.
Ici et là, la clôture goutte des moignons d'eau. Dans les fossés, près du muret, aux endroits où la neige résiste. Le sel répandu a déjà rogné la glace. Mais les pluies qui tombent à seaux depuis une semaine ont inondées les prairies d'alpage en nids d'écume. Comme des rinçures de tonneaux que le ciel lape à grands coups de langue ricane le grand-père. De la brune aux aurores, les nuages ont trempé la nuit au maillechort. Et les éclats de gris, coulés tant de miroirs sur la crémaillère qu'elle scintille ici comme une lame d'argent.

(texte Jonavin)

dimanche 30 mai 2021

L'aube aux trousses

 





Avec l'aube à tes trousses, la silhouette s'estompe. Comme autant de gommages que le temps efface.
D'abord sur une colère sanguine. Pour mettre du rouge aux joues et dépeindre ton embarras, là, sur ce trottoir où le sublimé a rejoint le vulgaire. Mais dans l'immobilité des choses, reprendre des couleurs te semble superflu. Pas la moindre touche ce soir, sinon le sang d'un gloss épais. Tu te mords les lèvres. Sous un néon, tu fardes les paupières d'une nuit démaquillée. Certaine qu'elle ne peut traîner son dernier quart-d 'heure sur de simples talons aiguilles.
Ton vanity n'est qu'une salle de bain d'hôtel. Tu remets donc un peu de noir à tes yeux. Comme un deuil, capable d'édenter la bouche folle des regards.
Prendre un tub aux aquarelles. Quand la défaillance des petits carreaux raccommode tout ce qui coule. Quand le miroir te renvoie à la rue. Vieux tableau, as-tu besoin de masquer tes doutes? De fondre en larmes par ces eaux fortes qui, sous l'ombre des cernes bleutées, tirent encore un trait sur ton passé? Effacés, la grisaille et le rimmel sur l'oreiller. Tout ça n'est que poudre aux yeux. Cette vie à coup de bâton ne t'a pas vernie, certes, mais il fallait bien te défendre bec et ongles! Même si aujourd'hui, tu as le crayon facile, paraître moins belle ne maquille pas chez toi, d'autres vérités. Ce n'est sans doute pas la crème dans la beauté fragile des sentiments; ni la houppe de tes cheveux en désordre qui feront de toi un modèle. Mais qu'importe! Pour retenir tes amants, il te reste un peu de khôl. Un sursaut de dégoût pour ces maroufles qui te jugent pot de peinture et te méprisent dans le pinceau de leurs fards. Tu voulais vivre une vie d'artiste sur la toile. Avec une palette riche pour étaler la lumière de tes jolis yeux. L'amour en trompe-l'œil en a décidé autrement.
Même si hier je te préférais nature, celle-ci semble morte à présent. Tu prends la pause que le temps achève d'égarer. Une corbeille, quelques fruits. Une robe légère qui tournoie dans la fraîcheur de tes vingt ans. Et au pastel de tes doigts, reste un fond de teint où la mascarade vient brosser un portrait peu flatteur. Quand le matin qui veloute encore un peu de nuit, donne à tes pas la grâce d'une vie éternelle...

(texte Jonavin)

lundi 3 mai 2021

Candy box

 




Dans l’étoupe des trottoirs, mes cheveux filasse essuient quelques rires visqueux. Effluent urbain charriant ses peurs usées. La foule passe. Indifférente.
Lentement, je remonte la route d’Aubuisson. Des murs cachou et mangés de rouille ont déjà grignoté le feu de l’aube. Comme atomisés par des essences de menthe anglaise, ils abandonnent leurs écorchures à des dragées de plomb.

Après avoir emprunté le boulevard, au sortir d’un immeuble en chantier, je souffle un peu.
Le ciel est à l’orage. Juste en face, un rouleau compresseur des travaux publics étale sa poudre d’Antésite. Aux commandes, Négus, hilare me jette un sourire de fer–blanc. Celui-là comme moi, semble s’amuser des sucettes parapluies de certains badauds. Soudain il explose de rire, Blackoïds Brown expectorant un noir d’ivoire à sa veste jaune acidulé. Son rire goudronneux me fait du bien.

Quartier Saint-Aubin, je me souviens avoir longé sur une centaine de mètres, la rue de la Colombette, aspirant le Hall aux Grains avec des Coco Boer achetés la veille au Paradis Gourmand.



Ce matin, étrangement, la Garonne s’est endormie dans un sirop de badiane. D’ici, je peux respirer ses liqueurs anisées tandis que je m’attarde devant la vitrine éclairée d’une épicière en blouse de vichy. Pensif, je me demande s’il lui reste des Magistra  Florent, quelques grises au goût amer ou encore des bergamotes rafraîchissantes d’avant-guerre. Sans doute pas.

Mais le gling, de sa porte qu’on ouvre, me rappelle, enfant, l’étalage des bocaux et la vente des bonbons au détail. C’est plein d’amertume que je m’éloigne de la boutique.
Dès la première rafale, j’entends l’appel du large. Dans le coquillage des roudoudous et leur voile de cellophane où tempêtent des caramels au beurre salé. Dans les cordages de sucre candi aux mâts de Twisty Pop frottés à la brique du centre-ville. Je presse le pas. Pour fuir cette foule de guimauve, encapuchonnée de berlingots tristes. Il pleut maintenant à grosses gouttes. Je ramasse les flaques sous mes semelles, ravi de mettre un soleil en boîte.

Je tâtonne mon gousset afin de m’assurer que le mien est toujours là. Il fut un temps pas si lointain où Bout de Zan mâchouillait aussi sa réglisse sur le bitume. J’y pense parfois comme ces grains de café au parfum de violette. A ces bâtons, en place d’une vieille palissade où le bois est mordillé du bout des lèvres.  Je garde en mémoire les pastillages parfumés d’Uzès. Ils jaunissaient les dents, effaçant d’un trait de gomme l’enclume du cœur et donnaient à la rue, une humeur joyeuse. Je n’ai pas trouvé les Bienfaits de Lajeunie rue d’Aubuisson. Ni les cachous goût blond, avenue de Larrieu.
Qu’importe, ce soir je prends le train pour Flavigny.
Je me retourne, le visage ruisselant. Au loin, Négus a déjà fondu avec un petit signe de la main…

(texte Jonavin)

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