jeudi 27 avril 2023

Pour la Sainte Catherine

 Y avait 10 filles dans un pré.

Il y a dix jeunes filles au jardin de Dieu (et bien plus il y en a !) et nous les appellerons toutes les dix pour danser aujourd'hui la ronde de Sainte Catherine.

Il y a Catherine elle même, avec son manteau rouge doublé de fleurs, sa couronne d'or, sa roue, son livre, qui est plus savante en science de Dieu que tous les savants du monde...

II y a Cécile qui porte encore, toute neuve, sa robe de mariée et la harpe dont elle joue avec les anges ; il y a Lucie, toute couronnée de lumières. Marguerite qui marche sur un dragon, Agnès qui tient un petit agneau...

Il y a, venues de France, quatre pastoures. Les autres pays n'en ont point. Ils se font sauver par des Papes, des moines, des évêques, mais la France est sauvée par ses bergères : Geneviève qui fût vieille un soir, mais qui est redevenue toute jeune avec ses brebis , sa quenouille et le cher petit navire de Paris qu'elle serre sur son cœur : et Jeanne, la plus droite, la plus sage, la plus pieuse enfant de tous les villages de tous les royaumes avec sa sainte épée : et Solange qui fila la laine du Berry : et Germaine que sa marâtre a tant battue, avec son tablier rempli de roses.

Et Thérèse, la petite, la dernière-née qui, elle aussi, porte des roses plein son petit panier.

Et toutes veulent bien danser et chanter avec nous dans le jardin de Dieu, sur la prairie émaillée de pâquerettes, d'anémones, de tulipes, de primevères, de jacinthes, car il fait toujours dans ce jardin le temps du jour de Pâques.

Elles veulent bien nous prendre les mains...Elles sont jeunes, elles sont heureuses, elles sont pures. Nous danserons avec elles "A ma main droite j'ai un rosier." Et nous leur demanderons une graine de leurs roses et nous la planterons pour que fleurissent toujours en France des jeunes filles de Paradis.


(Marie Noël vers 1940)

lundi 17 avril 2023

Les galantes

 Au 19ème siècle, les femmes nées sous une bonne étoile fréquentent les bains de mer Cabourg, Deauville, la Baie de Somme, Le Touquet Paris-plage, Arcachon, Biarritz.

Chaque jour d'été, les rayons de soleil caressent les bow-windows.
La vie balnéaire respire le vent iodé sur la côte normande, bretonne, picarde, d'opale de ci et là.
A partir de 1850 le réseau ferroviaire se développe à grande vitesse.
En 1860, la ville d'Angers n'est déjà plus le terminus.
Dans un village du Morbihan, au lavoir, une paysanne papote sous les airs effarés de visages bronzés, eh oui dimanche dernier, sa cousine Marie à vu ses maîtres manger des cailloux en parlant d'huîtres,
Léonie, sent la peau de lait, blonde aux traits fins, robe corsetée. Chignon bien remonté dans la fraîcheur de ses vingts ans laisse apparaître quelques grains de beauté sur sa poitrine dont les mains gantées en dentelle s'amusent à faire tourner l'ombrelle sur le quai d' Austerlitz, en attendant son amoureux.
Il faut beaucoup de temps pour être élégante,
A Auvers sur Oise, Vincent Van Gogh n'a pas encore peint un champs de blé.
Quelque part en Belgique, une voix est en train de lire un passage de la bible chez des pauvres gens. Sa peinture n'a pas encore la couleur mais son regard révèle l'émotion d'une jeune paysanne aux doigts crochus qui déjà veloute le paysage...


lundi 10 avril 2023

Balade d'été


 A travers le silence chaud

Du vent d'été
Allumant des nuances
Où vibrent les cils
Blés coupés, paille au vent
J’aime
Cette odeur éclatante
Dans la tiédeur d’un juillet
Comme un visiteur 
Sillonne la campagne 
 rêve roulé
Sans rouge-carmin, sans mystère
Seulement 
une tendresse ocre
Quand souffle la vie
Un moulin à vent
Au milieu de l’étendue
La rencontre 
Des images
Un chemin de traverse
où les ailes font tourner
le cœur 
dans la plaine 

vendredi 24 mars 2023

La Loire

 Quelques heures auparavant, la lune dardait les blés de la Beauce.

j'étais parti comme un voleur en passant par la chambre. 

Il ressemblait tellement à sa mère.

Vitres entrouvertes, je roulais.

Avant Orléans,

Des nuées de colère avaient noyé un ciel reflétant ses écorces de fruits mûrs,
Comme la beauté du diable où les remords serpentaient dans les reflets de la nuit, je revoyais la scène quand je l'avais giflé devant les yeux médusés de mon enfant.
De cette lumière,
Je bifurquais vers le pont de Blois
La Loire tranquille.
Je sentais le courant colportant le secret aux essaims invisibles.
J'approchais doucement,
d'Amboise 
Je préférais faire une pause sur la berge de Montlouis.
Bien qu'il était encore tôt pour la réveiller.
Je pensais que dans la mare aux secrets, la source allait renaître de ses profondeurs.
Comme une affirmation qui frisottait dans les fumées de l'aube.
Dans la seiche au vent,
Je la voyais se débarbouiller le visage, les mains en corolle, telle la première fois...

vendredi 17 mars 2023

Balade

 


Les couleurs étaient belles. La route bien droite,

Sous le soleil d'avril,
Avec infiniment de douceur et réchauffé par la lumière du jour, je voyais toujours ma destinée amoureuse s’enivrer de miel et de fleurs blanches.
Ma reconquête avait fonctionné,
Le fantasy d'Earth wind and fire retentissait dans la voiture, 
A côté de moi, celle que j'aimais,
Le pont de pierre comme Montrichard, le cours du Loir depuis la cathédrale de Chartres.
Je ne pouvais rien faire si ce n'est comprendre un peu le processus de la vie.
Tout me semblait beau...Etrange...


mardi 14 mars 2023

vendredi 10 mars 2023

La petite place de Marceau

  Sur la route du retour,  je m'étais arrêté sur la petite place de Marçon,

Sur le banc, j'avais compté les seize tilleuls comme au bon vieux temps.
Je savourais mon casse croûte en plein soleil.
En cette semaine d'été, mes sentiments percutaient le paysage.
La porte de l'église était ouverte, lieu solennel pour commencer à prier.
Pourtant, je pressentais qu'il fallait aller à l’essentiel.
 « Une longue Démonstration c'est un sujet qui n’en demande pas plus au risque de s’éparpiller dans des silences trop longs qui pourraient gêner le rêve"
Des instants courts qui ciblent,
« Le bonheur »,
Je le voyais depuis la route des blés, ondulant, coquelicots rouges en bordure de paysage, j'étais même passé à côté de l'auberge du poète.
La place de Marçon était toujours aussi calme pour un 15 août pour songer au milieu des murs tuffeau.
Dehors, seul, assis sur le banc. Sensation étrange.
J'aurai pu boire le café noir thermos comme jadis sur une berge de la Loire.
 Au petit matin frais d'été, la revoir se débarbouiller le visage, les mains en corolle. J'aurai pu la reconquérir.
Mais dans mon imagination, je savais qu'il fallait davantage d’action pour susciter l’éveil de la dormeuse.
Il y a bien longtemps que j'avais oublié Amboise la Bourgeoise,
Et pourtant dans cette petite boucle de la Sarthe, je pensais constamment à elle en longeant la rivière du Loir contre le verre securit.

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