jeudi 23 septembre 2021

La rague

                                                                      

 

Je suis ta lame

Quand tu plonges un couteau,

Où les plaies comme des squames

N'ont que la peau sur les eaux.


D'un bleu de fer qui vire embruns

Rouille un terrain vague,

Et des cimetières marins

Pour aller pêcher dans la rague.


Souviens-toi

Les pieds dans les flaques

On entendait le ressac 

Faire le gué.


Viendras-tu sonder les ténèbres

Que les astres funèbres

Ont déjà noyé?

Souviens-toi les platanes

Haubans des noirs abysses

Et cette mer diaphane

Disparue à jamais...


Dans un filet d'écrevisses.

( Jonavin 2017)


dimanche 19 septembre 2021

Alain Souchon, Ame fifties


 Ferme les yeux vois

Un ballon qui s'ennuie
Sur la plage de Crotoy
Des gens qui rient
Ils ont un p'tit peu froid
Ces gens de Paris
Sur la plage du Crotoy
En face de Saint-Valéry
Les premiers baisers sages
Qui rendent fiers
Dans les cabines de plage
Derrière
Âme fifties
Âme fifties
Dans le Radiola
André Verchuren
Les enfants soldats
Dans les montagnes algériennes
La Picardie est belle
Sur la route ravie
En Aronde "Plein Ciel"
Qui rentre à Paris
Âme fifties
Âme fifties
Rue Campagne-Première
Personne le ramasse
Quand il tombe par terre
"Qu'est-ce que c'est dégueulasse"
Au salon de l'auto sous l'Dome
"Touche pas au grisbi, ducon"
Dans sa vedette Vendôme
Gabin bougon
Jeanne la fatale
File au festival à 200 à l'heure
Dans le train Mistral
Y a un coiffeur
Âme fifties
Âme fifties
Jean-Claude
Bernard, Marie-Claude
Gérard (âme fifties), Monique
Frégate Transfluide, Vedette Abeille
Patrick (âme fifties)
Peugeot 203
Monique, Alain, Françoise
4CV Renault (âme fifties)
Roger, Jacqueline (âme fifties)
Renée, Micheline
Quand c'est l'heure exquise
Viens sous la marquise
Dans un verre de gin fizz
Une légère brise

lundi 6 septembre 2021

Les passants de l'amer



Avec la marée, amarrée

Aux vitrines sémaphores

Les baleines échouées, parapluies bout-dehors

Jettent l’ancre aux tempêtes,

Et retiennent les silhouettes,

Comme les marins retiennent leur corps-mort.


Avec la marée, amarrée

A l’amer des passants

Au bout de la jetée, aux parkings de l’estran

Les caddies s’entrechoquent,

Et vont là de coque en coque,

Comme des marins ivres dans leur fiévreux caban.


Pendu aux mâts des réverbères, un phare radote

Reflet d’un enseigne quand la lumière tremblote.

Quartier-maître dans ces villes de misère

Qu’on ira mettre en quartiers, de ponts en ponts

De voile en voile, d’îles en ailes.


Avec la marée, amarrée

Aux vitrines qui dessoûlent,

Quelques signaux en morse labourent la foule

Et filent alors plein foc.

Dans le roulis des pébroques,

Titubent les passants comme des marins dans la houle.


(Jonavin 2017)


dimanche 5 septembre 2021

Du soleil dans les platanes


Je les trouvais beau les platanes à Château Gontier. 
A cette époque, je roulais l'automne d'Angers à Laval.
Sur la route, de cette nature insolite, j'm'en disais des choses, en regardant la mayenne angevine.
 « Une longue Démonstration c'est un sujet qui n’en demande pas plus au risque de s’éparpiller dans des descriptifs trop longs qui pourraient gêner le rêve"
Des instants courts qui ciblent,
« Le bonheur »,
Je le voyais comme une histoire en mouvement…
Une façon de voir la vie de l'autre côté,
Mais dans mon imagination, j’avais beaucoup de temps mort et je savais qu'il fallait davantage pour réveiller une dormeuse.
J’avais bien commencé par le premier regard mais je n’étais pas allé jusqu'au bout.
Cependant, elle avait marqué mon esprit...

vendredi 16 juillet 2021

Un nombre parfait 3ème et 4ème partie

 J'ai égaré le passage concernant l'escalier de Chartres pour la 3ème partie. Désolé, impossible de retrouver le fichier.

.../...
Vous sera craché autant de fois qu’il apparaît dans notre bible. Céleste, comme la béatitude, les anges. Comme ces corps, qui bientôt pourriront derrière un talus ou une porte cochère.
Céleste comme discipline et le nombre 13, au rang des chiffres maudits. Mais vous n’en savez rien, mon père. Vous, vous marchez en me parlant des étoiles, du pardon des hommes, d’une justice à l’encan du péché des fidèles qui vous suivent aveuglément
Hector Gaillac n’expiera pas du péché de gourmandise. Avant que je ne le rencontre, il doit fêter ses noces de tourmaline en avril prochain. C’est un boucher gras et adipeux, féru de viande bisonne qu’il bonimente parfois sur un marché couvert d’Issoudun. Je le tuerai avec une fourchette de maillechort planté dans la gorge. A vendre ses côtelettes, ce bon vivant dépeceur, touche au sacré.
Tout comme Amandine Creusot d’ailleurs, étudiante en histoire que j’étranglerai en récitant les Djinns de Victor Hugo. Elle aussi touche au sacré. Je l’ai rencontré lors du rassemblement des jeunesses chrétiennes à la gloire du pape. Froidement, je l’écoute me parler de son travail sur les tombes miniatures, sculptées dans la pierre de la Grande Pyramide. Sur le règne d’Osiris ou celui de Jéhu à Samarie en Israël. Comme une litanie où les chiffres résonnent dans un reliquat d’histoire déjà oublié.
Ce qui est mystère doit rester mystère.
Mieux que le crime, mon père, j’ai trouvé un nombre parfait…

(texte jonavin)

lundi 12 juillet 2021

Un nombre parfait (2ème partie)

 Au cœur de la Beauce, département de l’Eure et Loir, à moins de trente kilomètres de Chartres. C’est ici que nous sommes, en vue des flèches du clocher. Partis de Notre-Dame, sous la galerie des Rois où veillent les statues, j’ai le long du trajet, ressassé les « temps de l’Ecclésiaste : chapitre 3, verset 2 à 8 »

…Il y a un temps pour tout, un temps pour toutes choses sous les cieux. Un temps pour… »Une manière symbolique de donner corps à mes pulsions, de baliser ma folie intermittente et de jauger ce jeune séminariste qui inquiet, avait tout de suite chiffonné le papier de mon énigme non résolu, en souriant. (Une plaisanterie de gamins, n’y prêtons guère attention et prions maintenant, voulez-vous…) 
Prions, oui. Pour le salut de votre âme. Pour l’opus 28 de Chopin. Prions mon père, pour l’Avent et les constellations chinoises. Pour tous ces mystères qui vous condamnent. Prions pour les changements de lune et le mois de février purificateur. Et priez pour notre vieillard crédule, renvoyé aux calendes grecques, mort de sa belle mort. Ce géronte de Sparte, élu local et maire influent, tombé accidentellement du pont des Minimes. N’est-il pas dit que Dieu juge ainsi les justes et les méchants ? Aujourd’hui, nous fêtons les romains. Et quoi de mieux que l’hiver pour tuer les miasmes de votre existence d’ascète. Et que retenir de vos marmonnements secrets ?
A la première halte, je lui donne ma gourde. Calice de douleur où la patène de mes doigts couvre ses lèvres déjà molles. Depuis la forêt de Rambouillet, je lui récite l’acte des apôtres, énumérant chaque matière avec un sang froid méthodique. Je l’observe qui hoche la tête. Sans doute se souvient-il de son sacerdoce pas si lointain où étudiant religieux, il travaillait encore sur les occurrences…

texte Jonavin

vendredi 2 juillet 2021

Un nombre parfait




 Le prêtre Armand Morel a un vieil accent lorrain. De profil, je peux lire l’alphabet de Dieu dans les voyelles de sa voix sonnante. Comme une peau moite, elle transpire puis s’essouffle à mots espacés. Dans l’écho des brodequins ferrés, tintent les tiraillements douloureux de son pas claudicant. D’une haleine, voilà qu’il rabâche en bon perroquet, les pèlerinages de Pentecôte et l’itinéraire de cette route régionale emprunté autrefois par Charles Péguy. Je l’écoute réciter un passage de la crucifixion, calquant mon allure à sa démarche engourdie. A perte de vue, l’ombre de mon bâton gangrène la terre humide. Les champs de blés verts habités de vent. Et le ciel, qui arrosé de gouttes froides colle aux chemises. C’est un vent d’orage. Un vent boiteux qui trébuche sur la lecture du prêtre dans ses images d’Epinal.

Sac à dos, une demi-douzaine de famille déambule le long des fossés. Contre les rafales, quelques scouts ci-et-là, brandissent mollement leurs bannières multicolores. D’autres encore, égrènent leur chapelet, tête basse, jambes lourdes, n’évitant plus les flaques qui désormais, reflètent l’image d’un cortège désuni.
Du macadam goudronné monte une odeur de mort lente. Dans le faisceau de plusieurs lampes torches, le ciel semble à peine éclairé.
L’aumônier s’arrête pour reprendre haleine. A cet endroit, le sol est caillouteux avec un chemin tissé de ronces jusqu' à la borne. Il écoute battre son cœur fatigué par l’effort. Je l’observe prendre appui sur sa badine. Un obèse du nom de Gaillac manque à l’appel, ce qui porte à six maintenant, le nombre de fugitifs ou de disparus depuis la veillée de prière.
L’averse torrentielle de cette nuit a trempé les sacs de couchage. Et peut-être anéanti le courage des plus fervents à combattre les doutes autour du bivouac. Dans ma besace, un jeu de dominos et une édition de poche du roman " Robinson Crusoé " ne sont qu’un alibi. Comme l’arsenic versé à petites doses dans son café brûlant.
Le père Morel n’a pas revêtu son costume ecclésiastique. Pas de longue robe boutonnée très haut ni de chapeau à glands comme le curé d’Ars dans " le sorcier du ciel ". Juste un pull à col roulé vert pomme. De son front large, un bonnet noir et quelques cheveux fillasse lui prête la crinière épaisse du bison. Longtemps, j’ai cherché dans ce visage poupin, une figure vieillie, amère, détestable. Mais je n’ai vu qu’un visage en pleine lune. Bouddha méditant sous son figuier. Et la coiffe en plumes d’aigle d’un chaman Arapaho. Comme la beauté du diable encorné pendant la danse du soleil, un totem dans un face-à-face spirituel entre la bête et le danseur. Je n’ai vu que mes crimes, fautivement quantifiables, atroces, calculés, prémédités.

texte Jonavin

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