jeudi 3 février 2022

La falaise

  

La chaleur suffocante rendit pénible

Le passage dans ces bois denses et sombres
Mais quand le bleu de la mer fut visible
Le sentier devint presque sans encombre
Comme animée d'un second souffle
J'accourus
Vers cette éblouissante étendue



A court de force et sans guide
En bordure de la falaise
La proximité du vide
Paralyse les jambes tant elle pèse
C'est pourtant des sommets
Qu'on y voit le plus clair

Au large, devant la nuit un voilier blanc
S'approchait de l'eau calme près des terres
Au large de ma vie le ciel brûlant
Avant de s'éteindre fit la lumière
Sur le détour permettant d'éviter
Le récif de corail immergé

A court de force et sans guide
En bordure de la falaise
La proximité du vide
Paralyse les jambes tant elle pèse
C'est pourtant des sommets
Qu'on y voit le plus clair

Comme animée d'un second souffle venu
D'une telle éblouissante étendue

A court de force et sans guide
En bordure de la falaise
La proximité du vide
Paralyse les jambes tant elle pèse
C'est pourtant des sommets
Qu'on y voit le plus clair

A court de force et sans guide
En bordure de la falaise
La proximité du vide
Paralyse les jambes tant elle pèse
C'est pourtant des sommets
Qu'on y voit le plus clair.




Paroles et Musique: Diane Tell   1982

vendredi 21 janvier 2022

Ballade d'été



Le
s couleurs étaient belles. La route droite,

Sous le soleil de juillet, je ne pouvais rien faire si ce n'est comprendre un peu le processus de la vie.
Avec infiniment de douceur et réchauffé par la lumière du jour, je voyais toujours ma destinée amoureuse s’enivrer de miel et de fleurs blanches à travers le pare brise.
La petite place de Marçon était calme avec ses murs de tuffeau reflétant une odeur d'enfance au goût de ma grand mère. Tout proche l'église de la Sainte Vierge vêtue de son clocher tors. Moment idéal pour casser la croûte au soleil avec mon p'tit gars.
Assis sur le banc, je redécouvrais les platanes, 
les tilleuls que sais-je? Où jadis, j'avais croqué un silence de novembre.
Comme l’endroit s’y prêtait, j’imaginais ...

lundi 20 décembre 2021

Libe et Lulle





 Libe et Lulle sont deux demoiselles. Deux demoiselles qui font du zèle. Des coups bleus avec leurs ailes . Deux petites fleurs bleues avec quatre petites ailes et six gros ocelles.

Quand valsent les moustiques, elles font les gros yeux. A la piqûre d'un regard, prennent la mouche. Et tiquent ! Elles volent l'été, le temps et les volants de taie à l'étang. Des coussins de brume et de roseaux, un drap d'eau et de rosée...aquatique. Corsetées, elles voltigent de joncs en jonques, se chinent de jaune et de jonquille dans le crépuscule. Là où les nénuphars pullulent. Libe et Lulle, alors se congratulent, s'exhibent. Conciliabules et bribes se bercent  sur le trille d'un vent qui ulule avec les moulins à tan. Mais déjà tourne la roue à aubes. Un matin de papier bulle qui se dérobe avec les premiers papillons. Les premiers taons...

Là où la bonde s'émonde de ses branches mortes, Libe et Lulle capitulent dans la ronde. La fronde qui démantibule leurs mandibules, inhibe la diatribe de leurs sentiments ridicules. Elles ondulent sereines et reines, comme les battements d'une pendule, ce scribe malfaisant, cet immonde crapule. Là où la vase abonde, les pluies inondent la mare aux libellules. Et ces insectes agaçants, minuscules, soudain se dévergondent à contre-vent...

(texte Jonavin)

lundi 25 octobre 2021

Tupperware


 J’ai toujours aimé les réunions Tupperware.

Une réunion de femmes qui se déroulait souvent le vendredi soir.
A l’époque, Je n’aimais pas sortir dans les bars du centre-ville. Quitte à ne plus jouer au flipper sous les huées des midinettes, à ne plus voir leurs tee shirt moulants dont la fumée des cigarettes par surcroît me piquait les yeux.
J'avais abandonné le juke box et tout le tatouin.
Mieux que ça, je m’étais reconverti assistant "Tupperware".
La première fois, je me souviens quand ma mère avait organisé la première réunion.
J’avais délaissé les femmes romantiques du feuilleton télévisé.
Au premier coup de sonnette. Je m’étais retrouvé nez à nez avec de belles mamans maquillées, charmantes, parfumées, accompagnées de leurs filles.
Stupéfait ! Trouvant vite un prétexte pour aider ma mère dans les préparatifs. Gêné, timide malgré mes seize ans. Devant toutes ces dames et demoiselles dont les regards se posaient sur moi.
J'étais le seul garçon qui assistait à la réunion et je me demande si ce n'est pas à cette époque j'ai développé ma capacité de séduction en les observant.
Nicole arrivait toujours une demi-heure avant pour déballer le matos.
Elle dégageait une aura, une joie de vivre qu’elle communiquait. C’était une femme de 40 ans, issue du terroir qui travaillait la terre proche de Sainte-Mère-Eglise. Parfois le dimanche, elle nous invitait dans son corps de ferme pour le café 
Nicole vouait une admiration pour ma mère. Nous étions cinq enfants, sans doute, le fait d’être célibataire,  Elle appréciait de nous recevoir, et ça se voyait.
Nous aimions cet endroit champêtre. Où, en entrant ... Ca sentait bon la campagne.
Dans la pièce à vivre, trônait sur la table un vase de jonquilles, autour s’étalaient des bols en grès pour boire le cidre fermier.
Dans la cour, il y avait une petite mare, des canards, des oies, des poules, et un pressoir en forme de pierre.
Nous étions heureux.
Assis sur le rebord, ma sœur, mes frères et moi, attendions que tout le monde se rassemble pour partir en promenade.
Une découverte sur les chemins bordés de haies, où Nicole laissait nos yeux rêveurs se perdre dans la douceur des prairies parfumées.
Ma mère avait en charge les préparations culinaires, et la déco c’était vraiment son truc.
Nicole l’avait remarqué et puis le courant passait bien entre eux.
Je revois encore ma mère dans le grand séjour, image figée avec un plateau.
Quand les invités arrivaient, chaque hôte recevait son petit cadeau de bienvenue.
Ce vendredi-là, c’était la saupoudreuse beige.
Et le spectacle commençait.
Les objets, les couvercles, les boîtes hermétiques valsaient sous un flot de paroles.
Des gestes répétés des centaines de fois par une professionnelle méthodique, efficace.
Tournée dans l’axe de vente où se profilait les arguments pour créer le besoin et déclencher l'acte d'achat.
N’empêche, c’était une superbe idée ces boites miracles qui se superposaient bien plus dans le placard que dans le frigo mais tellement idéal pour la conservation des aliments sans aucune concurrence sur le marché. Les soi-disant marque Curver  ou autre que l’on trouvait en grande surface ne payait pas de mine devant la gamme Tupperware.
Eh oui ! Je l'entends encore.
(La tranche de jambon enroulée, se gardait bien plus longtemps dans la petite boîte hermétique)
La phrase magique. « Vous n’êtes pas sans savoir » ... Mesdames.
Et puis, il y avait toujours la dernière collection.
Les boîte ovales que personne n’avait vu, les petites dosettes, la petite pelle à farine, les petites boîtes gigognes de couleur pastel qui s’emboîtaient comme des poupées russes que chaque invité se passait entre les mains.
Ensuite, ma mère arrivait avec les préparatifs dont le fameux charlotte en forme rectangulaire à l'ananas où chaque tranche entière, décorée sur le dessus facilitait le découpage.
Chaque moule contenait 9 parts, tout frais démoulé, saupoudré de vermicelle.
Quand je pense, à ce petit bout de femme aux joues rouges respirant le bon air normand qui disait avec humilité ne rien connaître au commerce.
Sous son faux air paysan, elle était très cultivée, une redoutable vendeuse qui explosait le chiffre d'affaires de la concession. L'une des plus redoutables ambassadrices du département de la Manche. Se payant même le luxe de choisir ses plus beaux voyages aux quatre coins du monde.
Je me souviens encore, du
« Mesdames, Regardez, »
En deux trois mouvement,
Le shaker …
(Vendre, c’est prouver, qu’elle reprenait dans son discours).
Avec la dynamique gestuelle.
Top chrono…Une sauce émulsionnée, une vinaigrette … en 10 secondes devant les yeux médusés de la ménagère.
Les recettes vite fait bien faites.
Jamais de mots termites ne sortaient de sa bouche.
Facile, rapide, efficace, économique, solide, incassable…Ces intonations dont la persuasion faisait mouche.
Pendant la dégustation de la charlotte. A haute et intelligible voix, elle récapitulait les bons de commande. A ce moment, je partais subrepticement vers la cuisine pour appuyer sur le bouton rouge de la cafetière Seb afin de contenir mon fou rire. Et comme par enchantement, des articles supplémentaires se cochaient  au fur et à mesure naturellement dans la bonne humeur. Nicole ne perdait jamais le fil.
Depuis 10 ans, elle arpentait le Cotentin plus une partie du Calvados par tous les temps. Une citroën Visa, bourrée d'ustensiles en plastiques dans des ballots géants transparents correspondant aux ventes, qu'elle livrait après chaque réunion.
Une soirée organisée avec Nicole, c'était pour ma mère le Jackpot assuré en cadeaux.
Parfois, je pense à elle, au bocage, aux prairies... C’était une femme menue qui possédait beaucoup de qualités. Maintenant avec le recul, je comprends pourquoi elle était très courtisée dans le canton.
Oui, une simplicité conjuguée à la douceur de son corps, pétrie de gentillesse, une femme débordant d'énergie qui me fascinait du haut de mes seize ans.
Vivant seule en pleine nature au milieu du bocage sans compagnon.
Manquant juste à son bonheur…
 « Vous ne pouvez pas comprendre comme le silence pèse . » Qu’elle répliquait à ma mère concernant les enfants.
C’était une femme libre...
Aujourd’hui, j’ai encore la saupoudreuse de couleur beige,  en ce moment, elle squatte sur ma table.
C’était chouette ! Les Tupperware.

jeudi 23 septembre 2021

La rague

                                                                      

 

Je suis ta lame

Quand tu plonges un couteau,

Où les plaies comme des squames

N'ont que la peau sur les eaux.


D'un bleu de fer qui vire embruns

Rouille un terrain vague,

Et des cimetières marins

Pour aller pêcher dans la rague.


Souviens-toi

Les pieds dans les flaques

On entendait le ressac 

Faire le gué.


Viendras-tu sonder les ténèbres

Que les astres funèbres

Ont déjà noyé?

Souviens-toi les platanes

Haubans des noirs abysses

Et cette mer diaphane

Disparue à jamais...


Dans un filet d'écrevisses.

( Jonavin 2017)


dimanche 19 septembre 2021

Alain Souchon, Ame fifties


 Ferme les yeux vois

Un ballon qui s'ennuie
Sur la plage de Crotoy
Des gens qui rient
Ils ont un p'tit peu froid
Ces gens de Paris
Sur la plage du Crotoy
En face de Saint-Valéry
Les premiers baisers sages
Qui rendent fiers
Dans les cabines de plage
Derrière
Âme fifties
Âme fifties
Dans le Radiola
André Verchuren
Les enfants soldats
Dans les montagnes algériennes
La Picardie est belle
Sur la route ravie
En Aronde "Plein Ciel"
Qui rentre à Paris
Âme fifties
Âme fifties
Rue Campagne-Première
Personne le ramasse
Quand il tombe par terre
"Qu'est-ce que c'est dégueulasse"
Au salon de l'auto sous l'Dome
"Touche pas au grisbi, ducon"
Dans sa vedette Vendôme
Gabin bougon
Jeanne la fatale
File au festival à 200 à l'heure
Dans le train Mistral
Y a un coiffeur
Âme fifties
Âme fifties
Jean-Claude
Bernard, Marie-Claude
Gérard (âme fifties), Monique
Frégate Transfluide, Vedette Abeille
Patrick (âme fifties)
Peugeot 203
Monique, Alain, Françoise
4CV Renault (âme fifties)
Roger, Jacqueline (âme fifties)
Renée, Micheline
Quand c'est l'heure exquise
Viens sous la marquise
Dans un verre de gin fizz
Une légère brise

lundi 6 septembre 2021

Les passants de l'amer



Avec la marée, amarrée

Aux vitrines sémaphores

Les baleines échouées, parapluies bout-dehors

Jettent l’ancre aux tempêtes,

Et retiennent les silhouettes,

Comme les marins retiennent leur corps-mort.


Avec la marée, amarrée

A l’amer des passants

Au bout de la jetée, aux parkings de l’estran

Les caddies s’entrechoquent,

Et vont là de coque en coque,

Comme des marins ivres dans leur fiévreux caban.


Pendu aux mâts des réverbères, un phare radote

Reflet d’un enseigne quand la lumière tremblote.

Quartier-maître dans ces villes de misère

Qu’on ira mettre en quartiers, de ponts en ponts

De voile en voile, d’îles en ailes.


Avec la marée, amarrée

Aux vitrines qui dessoûlent,

Quelques signaux en morse labourent la foule

Et filent alors plein foc.

Dans le roulis des pébroques,

Titubent les passants comme des marins dans la houle.


(Jonavin 2017)


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