dimanche 1 novembre 2026

Les abeilles de l'amer


 A ces visions magnifiques que la nuit emprisonne pour les plus téméraires. De la lucarne, le fanal éclaire des portions inconnues. Nuitamment, les odeurs restent toujours figées par une certaine méfiance. Une mélancolie venue d'ailleurs qui piquette ce que les yeux sont incapables de voir. Ce sont ces odeurs-là que l'on renifle bien souvent.

Maman, peut-elle vraiment douter de ces visions instantanées? J'imagine sa voiture longer le fleuve. Une vie parallèle. La Brée-les-Bains et sa marina d' embruns futiles. J'imagine la marée noire, les hôtels pris d'assaut. Ces mouvements de foule, ce désordre ambiant autour des plages. Et l'île qui s' 
accélère dans un déluge de lumières trop apparentes. Mais combien sont-ils à frissonner aux bruissements des arbres? Aux clapotements d'une eau grogneuse? Aux bêtes invisibles?
A ces beautés sacrifiées, il me reste la Charente méconnue. Les heures indicibles. Oncle Albert. Presque rien en somme.
Assise en tailleur sur la cabane, j'hume le vent comme un animal. D'ici, je peux le suivre à la trace. Habiller sa course d'
un bouquet fleuri. Sentir les effluves qu'il transporte par-delà la Double. Une légère brume dessine le fond de la berge. J'ai dénouée mon bandana. J'ai besoin de sa gueule-de-raie en parties égales et d'imaginer ce qu'il en ferait si j'avais des cheveux. C'est qu'il en a à raconter, ce vent. De ce qu'il a vu de l'autre côté. De ce qu'il donne ou reprend avec fougue.Je l'interroge du regard, m'enquiers de ses maladresses. Des harpies qu'il plante quand l'orage gronde. Le vent mauvais, les ronces d' Oléron...Mais hormis ces rafales par-dessus les dunes, je ne connais finalement rien de lui. Du moins, pas grand chose...
.../...

(texte Jonavin)

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