Accroupie dans l'eau, je me demande où vont les ruches qui essaiment. J'imagine alors leur nombre de piqûres entre un et mille. A aiguillonner la Guimbarde, maman. Mais l'essaim, fruit grouillant d'insectes à venin, dont les dards rétractiles, perforent et tuent, ne butinent que le fond de l'air.
Derrière moi, les venelles fleuries cachent les ailes du moulin. Le vol précipité d'un héron. Les peignures d'ombres sur les ramasseurs de palourdes quand l'aube épouille l'horizon. Encapuchonnée, j'ai longé les claires qui mènent jusqu'à la côte. Seule. J'ai bien levé les yeux pour voir si oncle Albert n'avait pas laissé une ligne de trappe autour des dunes. Mais n'a répondu qu'un avis de tempête. Cire molle de l'océan, collant son oreille à la mienne.Pourtant, je sais qu'elle a raison, maman. Pour les ronces du moins. Dans "épine", il y a le mot épi. Toutes mes batailles sur le front. Les collines chauves où poussent les blés verts. Les greniers à grains. Javelles de solitude que les saisons nouent d'une gerbe de vent. Pas besoin de se torturer la frange pour comprendre ça. Les poux cuits dans un miel de fruits sombres. La déconfiture, les cheveux-de-frise autour d'Oléron, la forêt de Ronce...Dans ces moments là, je lui réponds qu'elle ressemble à une Marennes de guerre. Et nous rions ensemble. J'aime bien la voir rire maman. Avec son coeur en marmelade où s'apitoient mes humeurs de lune. Je ne sens plus la vase sous mes pieds. Si à cet instant, je tremble fort, c'est bien qu'elle me manque...Pas tant que le Capitaine, d'accord, mais un peu quand même...
(texte Jonavin)
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