lundi 25 mai 2020

Noilly prat rouge


Je connaissais le Noilly Prat blanc extra dry que l'on trouve facilement dans les rayons en supermarché. (moins onéreux que le xérès fino).
Très demandées par les clientes, surtout en période festive pour déglacer les noix de St Jacques, queues d'écrevisses et autres mets fins.
Tout ça met l'eau à la bouche de voir ces ménagères concocter de bons petits plats pour leurs maris en fin de semaine.
Il aura fallu que j'aille dans le nord de la France pour découvrir cet apéritif. Un goût moins sucré et plus amer que le Martini rosso.
Et puis, quand c'est servi dans de beaux verres à cocktail. Ça enchante tout de suite le palais.
J'aime beaucoup le Noilly Prat rouge.
Je comprends mieux  pourquoi c'est le vermouth français préféré des étrangers.

dimanche 10 mai 2020

M



Le saule pleureur dans ma tête fait de l'ombre à mes rêves. Même le brise-vue du balcon flaire ce qui s'y cache; avec le bruit des camions qui passent, la pétarade d'un quad ou l'aboiement des chiens sans muselière. D'ailleurs, je les connais ces molosses à bave jaune. Ils lèvent la nuit en levrette, plantent leurs crocs dans des lueurs canines, hurlent à la mort sur le palier d'en face.
Oreilles droites, ils ont déjà mordu l'os de mon silence.
Et ce grillage qui de l'autoroute avance, avance avance. Le square est un atoll. Je l'imagine avec le palmier et les nymphéas en plastique du voisin. La lagune qui chante au pommeau d'arrosoir a perdu tes lèvres de corail. Combien sont-ils encore à jardiner le varech des pelouses sous-marines? A embrasser le sel des bouches d’égouts, corailleurs des trottoirs où les pirogues font place à des caddies qui s'entrechoquent?
Sur le parking de la mélancolie, pis-aller d'océans comme le fond des cages où sèche un linge pisseux, combien sont-ils à gonfler leurs voiles?
Mais j'attends les meutes avec une laisse de haute mer...Indifférent à l'auto-grue qui emmène les cadavres à la fourrière. Aux flaques sales qui toilettent mon petit carré de bitume.
Parfois, les branches tombantes de mon saule abritent les oiseaux morts. Leurs moignons d'ailes. Et le ciel, sodomite, viole des lumières groggy qu'il abandonne dans un néon. Il plante des nuits de gouttière, enferme ses vierges dans des flammes électriques sous les plafonniers. Demi-lune placentaire nourrissant les muettes, coupables de violence avec les heures nues de l'aube. Du rez-de-chaussée à l'ascenseur, j'entends les meutes. Avec les grues dans les bacs à sable, les bennes à ordures éventrées. Avec les abris-bus et leurs affiches de voyage derrière un océan de verre. Au fond de l'escalier, le cuir grené des tags tapisse les coups de griffes des portes sans serrures.
Comme l'aggravée et les poux des pelages étrangers suant l'hébétude et l'inconfort des chenils ténébreux.
Le saule pleureur fait de l'ombre à mes rêves. Et je traîne la patte. Cabot, honteux à glapir sous ta robe. Je m'y suis niché avec mes yeux d'épagneul comme d'autres y abandonnent leur collier de misère. J'ai beau gémir que je t'M comme la meute, je ne suis pour toi qu' un clébard en rogne. Un esprit de bas étage qu'on siffle à chaque coin de rue..

(texte Jonavin)

lundi 27 avril 2020

Les Johnnies

















Les journées étaient longues, il ne fallait pas oublier les gourdes d’eau pour s’asperger le cou et le visage.


La compagnie Ar Pen polis comptait 50 vendeurs d’oignons comme les autres compagnies qui se dispersaient dans toute l’Angleterre.


Les uns spécialisés comme botteleurs qui restaient en base à Southampton et les autres marchands colportant l’oignon rose du pays que les ménagères anglaises 

appelaient communément  « johnnie » du fait de leur petite taille parce qu’ils étaient souvent accompagnés de leurs jeunes enfants.


Ces aventuriers quittant le port de Roscoff depuis 1828 sous les embrassades humides à travers les filins, laissant sur le quai les jeunes mères paysannes tristes. Ces jeunes marins impuissants voyant peu à peu s'effacer dans le destin providentiel les charrettes à bras derrière la ligne d’horizon.

La séparation durait six longs mois.


Ces johnnies, au fil des décennies, découvrant toute l’Angleterre.  Peut-être le plus intrépide, Le Guénidec, cinquième génération qui arpentait tout le Comté de Sussex, de ferme en ferme, chaque saison.
C’était sa 22ème traversée sans interruption. En l’an 1927, ce mois de juillet, 
Pour la première fois, son fils Augustin âgé de 10 ans sillonnant avec lui la campagne. Se remémorant au même âge, la besogne difficile, marchant à pieds avec son père à l'époque avec un bâton sur le bâti des épaules qui avait fait de lui, un gaillard.
Ils étaient originaires de Tréguier qui était assez éloigné du pourtour de Roscoff.
Le guénidec, trente deux ans, le béret bien enfoncé, des tresses d'oignons roses dégringolant du garde-boue jusqu'au guidon. 

Au loin, les prairies vertes. Bordée par la belle côte sud de l’Angleterre diffusant une lumière douce.

iL n'était pas rare d'apercevoir les vélos et les bérets éparpillés, à côté des fleurs sauvages tout en haut des falaises blanches.
Les Guénidec regardant l’océan, du moins la mer.

Libres, comme le vent.


Le père proche de son enfant. Enlacés dans les blés tendres aux couleurs cuivrées d’oignons.
Où le vent du nord parfume les cheveux sous un ciel étoilé.
De l'autre côté de la Manche, Marie n'ayant pas sommeil, la paimpolaise veillant sur la mèche emboutie, illuminant dans ses pensées.
La providence posée sur la margelle comme quelques portions de nuit de la côte granit rose avant qu'Augustin et son amoureux ne referment les paupières sur une dernière lueur...


jeudi 23 avril 2020

Candy box




Dans l’étoupe des trottoirs, mes cheveux filasse essuient quelques rires visqueux. Effluent urbain charriant ses peurs usées. La foule passe. Indifférente. Lentement, je remonte la route d’Aubuisson. Des murs cachou et mangés de rouille ont déjà grignoté le feu de l’aube. Comme atomisés par des essences de menthe anglaise, ils abandonnent leurs écorchures à des dragées de plomb.
Après avoir emprunté le boulevard, au sortir d’un immeuble en chantier, je souffle un peu.
Le ciel est à l’orage. Juste en face, un rouleau compresseur des travaux publics étale sa poudre d’Antésite. Aux commandes, Négus, hilare me jette un sourire de fer–blanc. Celui-là comme moi, semble s’amuser des sucettes parapluies de certains badauds. Soudain il explose de rire, Blackoïds Brown expectorant un noir d’ivoire à sa veste jaune acidulé. Son rire goudronneux me fait du bien.

Quartier Saint-Aubin, je me souviens avoir longé sur une centaine de mètres, la rue de la Colombette, aspirant le Hall aux Grains avec des Coco Boer achetés la veille au Paradis Gourmand.
Ce matin, étrangement, la Garonne s’est endormie dans un sirop de badiane. D’ici, je peux respirer ses liqueurs anisées tandis que je m’attarde devant la vitrine éclairée d’une épicière en blouse de vichy. Pensif, je me demande s’il lui reste des Magistra  Florent, quelques grises au goût amer ou encore des bergamotes rafraîchissantes d’avant-guerre. Sans doute pas.

Mais le gling, de sa porte qu’on ouvre, me rappelle, enfant, l’étalage des bocaux et la vente des bonbons au détail. C’est plein d’amertume que je m’éloigne de la boutique.
Dès la première rafale, j’entends l’appel du large. Dans le coquillage des roudoudous et leur voile de cellophane où tempêtent des caramels au beurre salé. Dans les cordages de sucre candi aux mâts de Twisty Pop frottés à la brique du centre-ville. Je presse le pas. Pour fuir cette foule de guimauve, encapuchonnée de berlingots tristes. Il pleut maintenant à grosses gouttes. Je ramasse les flaques sous mes semelles, ravi de mettre un soleil en boîte.

Je tâtonne mon gousset afin de m’assurer que le mien est toujours là. Il fut un temps pas si lointain où Bout de Zan mâchouillait aussi sa réglisse sur le bitume. J’y pense parfois comme ces grains de café au parfum de violette. A ces bâtons, en place d’une vieille palissade où le bois est mordillé du bout des lèvres.  Je garde en mémoire les pastillages parfumés d’Uzès. Ils jaunissaient les dents, effaçant d’un trait de gomme l’enclume du cœur et donnaient à la rue, une humeur joyeuse. Je n’ai pas trouvé les Bienfaits de Lajeunie rue d’Aubuisson. Ni les cachous goût blond, avenue de Larrieu.
Qu’importe, ce soir je prends le train pour Flavigny.
Je me retourne, le visage ruisselant. Au loin, Négus a déjà fondu avec un petit signe de la main…

(texte Jonavin)

jeudi 9 avril 2020

Le jardin mauresque de la ville d'hiver





Je suis debout sur un banc, pieds nus, les mains dans le dos.
Dans le jardin du casino Mauresque où le théâtre de verdure San Carlito donne un spectacle de marionnettes. A titre princier, les places d’honneur sont toujours réservées aux enfants fortunés des villas chics du parc. L’une d’elles, mademoiselle Charlotte, assise dans un fauteuil en osier blanc chaise, crache des mouchoirs de sang de ses fines mains gantées. Vêtue d’un corsage violine recouvert de tulle, brodé de sequins groseille et d’une cravate en frou-frou de chez Circa qui tranche avec la pâleur du visage émacié. Il n’y a que des gouvernantes pour mener les enfants au guignol, mais vous my God, vous avez la chance de votre mère. Tout à l’heure, madame Dubos de la laiterie du bocage viendra livrer, en carriole, ses bidons de lait de vache vaccinée. Sur avis médical, Charlotte ingurgitera son grand bol de crème, couplé à une eau de pin. Alors je la regarderai boire, fasciné attendant avec gourmandise, ce moment précieux où elle offrira son cou au breuvage encore fumant. Voire, entre deux quintes de toux, un sourire à la petite main qui, tous les matins, lui démêle son chignon dans l’un des salons de la villa - louée au mois, à l’angle de l’allée Velpeau.
Mais si son état, déjà pitoyable, continue d’empirer, elle partira bientôt, à l’aérium de la fondation Wallerstein d’Arès...
Il me suffit de fermer les yeux pour me remémorer avec certitude les allées en rondeur, le kiosque à musique, Place des Palmiers et les magnolias fleuris comme d’un jardin anglais. D' ailleurs je n’ai jamais autant appris sur le cricket, la Jelly ou les maisons Tudor que pendant ces longues semaines où je me suis instruit des raffinements de son éducation. Depuis la chambre des domestiques, sous les combles où je l’écoute dormir. Cette fois ci, demandera t-elle aux soeurs de la Sainte Agonie si Dieu et l’automne l’autoriseront demain, à porter une jolie robe de promenade? Ou du belvédère, me lira t-elle encore un passage de Wuthering Heights, ce livre étrange qui ne la quitte plus des mains depuis quelques jours?
Comme d' habitude, elle viendra prendre avant midi, un bain d’air saturé de sel. Devant le bow-window sans doute. Là où la ville d’hiver, mêlée d’effluves odorants et de senteurs balsamiques, gemme des soleils revigorants. Un bienfait pour les curistes de la Grande Dune dont le lazaret à ciel ouvert n’est qu’un écrin de forêt maritime.
Un sanatorium qui panse la phtisie des futurs héritiers comme elle aime plaisanter. Pleine de malice, je l’entendrai dire aussitôt: Sorry, mais avec votre permission Léontine, une voiture viendra nous chercher au pavillon Impérial dès quatorze heures.
D’une simple pichenette, elle réajuste sa capeline en tarlatane rose thé dont le ruban en gros grain assorti décolore un oeillet qui lui tombe sur l’œil droit. Tilt hat, comme on le ferait d’un bibi que l’on défroisse, me soufflera t-elle de son accent délicieux. Mais sous une fièvre qui suture les peaux usées. Et devant son précepteur, qui alors froncera les sourcils.
Tout en suivant l’omnibus, nous prendrons la route du Moulleau.
Sur la plage, une course au tramway nous conduira directement jusqu' au phare. Je fouille mes poches. Un aller-retour en tillole coûte cinq francs pour un à quatre voyageur. Pas grave, nous pourrons donc, emporter deux fois le poids de nos rêves. A la terrasse de la lanterne, nous regarderons le monde tourner comme un cerf-volant. Puis soudain, le rouge lui monterait au front par le fracas des brisants. Et peut-être même, qu’elle y jetterait son mal de poitrine. Pour les hauts de Hurlevent d' abord, qu’elle serre bien fort contre son cœur. Là-haut, préférerait-elle me parler de son père officier de la Navy, admiral of the fleet, des obsèques du roi Edouard VII ou du pur-sang qu’il lui a promis, black home?
Quelle importance !
Je sautille sur mon banc. Comment lui cacher ici, mes voyages d' illusion, des croisés de l' Alcazar à l' Alhambra de Grenade, en passant par le funiculaire du casino - affublé d' une pèlerine trouée et de vieilles galoches hors d' usage, dénichées dans une boutique d' un prêteur sur gage de la Teste? Des brocantes en tous genres, où j’ai marchandé mes sacs de billes et quelques numéros du Dimanche Illustré pour économiser les cent sous nécessaires à ma bourse? De la station balnéaire, défilent à dos d’âne les dandys de Londres, les ducs de Russie et tous les aristocrates d’Europe dont les cartes nuages rejoindront bientôt le bout du monde. Les mêmes qui s’envolent depuis notre phare,
Mademoiselle Charlotte.

Une dernière représentation de Guignol, quelques chaises longues, un crachoir de poche.
Et déjà, je fais tinter l’or de ma bourse...

(texte Jonavin)

mercredi 8 avril 2020

recette du chou rouge



Ingrédients :

- Quelques morceaux de poitrine fraîche coupée en morceaux.

- échalotes, ail, persil et bouquet garni.

- vin rouge, une pomme.


Faire revenir et dorer la poitrine, ajouter les échalotes et l'ail, puis une cuillère de farine et la pomme en petits morceaux (très important pour l'acidité).

Mettre le chou rouge coupé en fines lamelles et verser un peu de vinaigre blanc (un filet) et recouvrir moitié vin rouge, moitié eau, sel, poivre et le bouquet garni.

Laissez cuire une bonne heure environ, au fur et à mesure, goûter la cuisson, au besoin enlever un peu de liquide.

Comme tous ces plats, Plus il est réchauffé meilleur c'est.
On peut accompagner ce plat de pommes de terre vapeur.
Le chou rouge doit être fondant et non croquant, ne pas hésiter à recuire doucement si besoin est.

Comme accord, une bière Belge blonde, ou alors une pelforth ambrée, rousse même brune selon les goûts?



Je me demande quelle bière choisir ?








On peut se référer au slogan publicitaire " Pelforth




  • 1 - Oser la blonde
  • 2 - Etre charmé par une ambrée 
  • 3 - Apprécier l'éclat d’une rousse
  • 4 - Eclaircir le mystère de la brune :

Sans hésitation, avec ce plat toutes les bières sont délicieuses, elles ont chacune leur saveur, un petit faible pour "éclaircir le mystère de la brune" C'est tellement poétique... Avec cet accompagnement toutes les couleurs passent,

mercredi 12 février 2020

Yakoutie


Résultat de recherche d'images pour "photos d'hiver yakouties"

C'est une frontière boréale qui sépare l'invisible du néant. Où les derniers mélèzes frissonnent avec un vent aux manteaux de loup. Une terre de trappeurs, sauvage, repue aux pelleteries de l'hiver.
Ce vent-là tanne les conifères avec un racloir d'os qui dépouille les âmes. On sent presque l'éternité mordre l'ombre oblique des grands pins dont les aiguilles font briller le ciel d'une luisance résineuse. Déjà la pleine lune éclaire le bois d'œuvre de toute cette forêt glacée. Des baliveaux énormes, jetés dans les congères qui, à hauteur des cimes, semblent monter les étoiles à l'échafaud. Car les remuements sont la colère du bourreau: un crépuscule cagoulé dans le permafrost et les tempêtes ouraliennes. Bajanaj, l'esprit pourvoyeur de gibiers. L'homme a rempli de graisse la bouche de totem pour éviter l'errance et nourrir son âme défunte. Mais tout ce qui houle à la mort ressemble ici aux pires solitudes. Il garde les yeux ouverts sous une chapka. Rien n'indique dans ses prunelles la limite qui couture le silence à l'oubli. Sinon le mégis des bâches tendus vers l'horizon  où scintille encore l'œil jaune d'une lampe fumeuse. Et surtout, la silhouette vivante des chiens dont les buées sonores se gangrènent au gel mobile. Devant les patins croûtés de cuir brut, foulés de neige et de nerfs, la meute reste blottie à vêtir l'hiver, guidant l'attelage vers l'au-delà et ses arpents de steppe inconnue.
De loin, l'ombre s'épaissit. Une peau ensanglantée déroule au-dessus des sapinières une fourrure presque aussi noire que la nuit. Sans les flocons minuscules que le ciel avale dans sa tourbe, on peut croire que les arbres se fondent en squelettes jusqu'aux tréfonds de la taïga. Après l'éclat de la neige sur les ridelles du traîneau, la charpente de l'hiver découvrant la ligne des trappes, s'invite à la construction d'une clarté qui monte lentement du sol. Dans ces couloirs aux lueurs fugaces, pareils aux trous de lumière que l'on entrevoit dans l'embâcle des rivières gelées, l'attelage semble figé, comme si le temps, soudain gangué de glace, immobilise sa course folle.
Ici les diables commercent avec la Terre. Depuis des temps immémoriaux, ils tentent en vain de lui dévorer le ventre.
L'homme a vécu suffisamment longtemps parmi les Evenks pour comprendre les lois chamanes des chasseurs morts. Ceux capables de quitter leur corps et d'aller visiter les territoires infinis de l'esprit. Et dans l'omoplate d'un renne passé au feu, il lui arrive parfois d'interpréter un mauvais présage. Les troubles du monde aux craquelures vernies. La douleur sous les crocs d'une esquille.
Sa barbe cristallise. Son masque anti-froid laisse apparaître la palanche des yeux. Un regard lourd qui penche sous le poids du rêve. Une main sur le timon, l'autre sur le cœur, il ne bouge pas.
Chasseur dans son royaume...

(texte Jonavin "les cœurs francs")

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