Jeudi, 13h30.
Direction salle de bain. « Vacances j’oublie tout »
Le temps de me regarder dans la glace. Un peu de cire sur les cheveux.
Juste le temps de choper ma carte Ikea, mes clefs de bagnole sur la commode.
Me voilà sur le périph, sensation fluide.
Vitres ouvertes.
C'est le pied de conduire dans ces conditions.
Après avoir garé ma bagnole à côté des berlines allemandes.
J'ai la démarche tranquille, rythmée comme la nette impression que le groupe « Elégance « m’accompagne dans ces longs couloirs de béton épurés.
Escalator ! Me voilà à hauteur des visages qui défilent dans la lumière vive.
Depuis le hall, de grandes affiches annoncent la nouvelle collection des fauteuils en cuir.
Depuis quelques minutes, j'entends une voix douce qui répond au portable.
Après plusieurs coup de fil, je sais déjà,
C’est une avocate à la cour qui part en audience, lundi à Soissons.
Qu’elle doit emmener Sacha pour la fête de la nature à la Frette sur Seine.
Il faut dire, j'm'ennuie comme un rat mort depuis mon divorce.
Je ne me suis pas encore retourné. Je sens déjà son parfum qui caresse mon esprit.
Au loin, je l’aperçois.
Légèrement penchée. Son cahier coincé sous le bras gauche. Je sais que c’est elle.
Je ne suis pas avocat mais je sais aussi prendre des notes.
C’est une rousse, menue, coupe carrée classique. Punaise! C’est mieux qu’un dépannage.
A quelques pas de moi, tournique sur la chaise rose, ouvre les tiroirs. On dirait une ado, elle est marrante.
Malgré mon oreille attentive, hi hi me suis trompé. Sacha est donc une fille.
Maintenant, voilà qu'elle se trémousse sur le matelas. J'y crois pas la façon dont elle agite son corps comme un p'tit ver de terre. Joli son cardigan beige à manches longues, hum comme c'est mignon la dentelle incrustée sur les épaules.
Vas-y cocotte, fais danser ton ventre, malgré sa ligne, elle doit approcher le 95C, c'est comme je les aime.
J'me demande ce qu'elle peut bien gribouiller. Suis sûr, ça doit être nickel chez elle.
A 15 heures, génial ! Tous les employés des alentours sont repartis au bureau.
Les mamans du mercredi sont absentes. Enfin, je peux savourer mon thé bergamote sans entendre ces cris stridents qui perturbent mes idées quand j'ai la tête dans les nuages.
Nom de Dieu !
Whaou! Qu'elle est belle.
On se croirait dans un tournoiement réveillant mon imagination. C'est dingue! Y a bien longtemps que je n’ai pas dégusté une eau de vie si pure dans cette salle.
Quelle légèreté dans les mouvements ! Quelle grâce !
Putain ça recommence! Ma petite voix intérieure, ça faisait longtemps que je ne l’avais pas entendu.
C'est de la belle petite caille Lolo, comme tu les aime!
Il faut être difficile, je ne suis pas habitué à ce genre de gabarit.
T'as vu ces jambes,
Oui pourquoi ?
Je suis sûr, t'as maté sa poitrine quand elle s’est baissée pour ouvrir les tiroirs, t’as aimé ses tâches de rousseur sur le galbe de son buste. Hein coco! T'as vu ses gros seins.
Bien sûr que j’ai maté.
Qu’est-ce que t’attends, vas y !
J’te dis, qu’elle attend que ça !
C’est une mère de famille,
Et alors ?
C’est une maman qui profite d’une pause détente avant de faire ses achats pour sa fille.
Allez, vas y. Si tu as un zeste de courage.
C’est une avocate, elle a le sens de la réparti.
Raison de plus, elle est toute seule, détendue, personne pour la juger !
J’te dis que les femmes aiment l’inconnu, l'inattendu.
Vas y lolo !
Non, j 'peux pas! C'est une maman.
Tu t’approches doucement en la regardant dans les yeux, tu lui dis que tu la mate depuis un quart d’heure, tu la trouve sensass, élégante, t'as envie de discuter avec elle.
Ca s’appelle être proche de sa pensée.
Un vrai mec, c’est comme ça qu'il fait ! Qu’est-ce que tu crois ?
Non, mais ça ne va pas !
Y 'a pas une autre approche, comment dire, plus …
Mais non ! Si tu penses l’aborder dimanche, comme au temps des impressionnistes, mon gars ! Tu peux toujours aller te faire brosser pour avoir son numéro de portable.
T'as un jardin devant toi. Improvise. Innove !
Regarde,
Sa façon de caresser ses cheveux.
N'importe quoi ?
Ça, c’est un signe. Allume-moi ce brasero !
On dirait une gitane autour d’une verdine éclairée de lune.
Regarde ses nombreux bracelets fins sur son bras.
Je ne suis pas littéraire ni téméraire, sans déconner faut-il avoir tous ces points de détails pour aborder une femme?
Elle vient de lever la tête,
C’est une fleur agitée. Allez ! Lolo, cueille là en plein cœur comme un jeune frelon,
Perfore son imaginaire avec tes dards !
Tu vois, elle remue sans cesse le cou.
C’est le moment !
Oh doucement, faut que je respire.
Lève- toi,
Vas-y lolo !
Mais si elle me rambarde gentiment, j'reste planté en plein milieu comme un con , j'fais quoi ?
Ben quoi, t’auras essayé,
Dimanche à La Frette, J'te vois déjà faire les cent pas telle une roulotte brinquebalante éternuant la mélancolie des voyageurs infatigables.
T’as la côte lolo, tu veux que je te dise t'es beau avec tes chaussures bateau et ton regard innocent.
J'peux pas, j'peux pas.
Mais si elle est accompagnée de son mari, Dimanche, j’ai l’air malin.
Mais non grand nigaud, t’as rien compris aux femmes.
Allez lolo, Respire un bon coup! C'est parti.


