Ce matin, j'ai les cheveux en ronce de "noyée". Au milieu de nul part, je surnage. Je vais couler si je ne remonte pas à la surface de temps à autre. Je sais bien que les ronces sont comme les nœuds des mouchoirs. Ils sont là pour se souvenir quand les yeux piquent. Et je me souviens, maman. Je me souviens. Les rochers sur l'estran comme un sirop de mûre. Avec l'écume qui dévore un ciel écrasé d'ombelles et de luzernes. Le quai à vendanges, les remmailleurs de La Cotinière ou la route des huîtres. Enfant, je me souviens du puits et de l'eau tirée à la croche. Juste parce que mon visage s'y reflétait. Je me souviens aussi des confitures en bocaux. De nos lèvres noires sur les tartines beurrées après l'églade. De ma tignasse peignée à la diable pour étourdir les guillemots. Comme le nœud du cœur, maman. En ronce de...
Mais là-bas, il y a le bout du monde. Oncle Albert. Les dunes où s'accrochent pieux et branchages. Comme une coiffure en coup de vent dans les rouleaux. Comme un toupet du tonnerre, où loin du rivage, je me trouve enfin belle...
(texte Jonavin)
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