vendredi 6 novembre 2026

Les abeilles de l'amer





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Le vent mauvais, les ronces d' Oléron...Mais hormis ces rafales par-dessus les dunes. Je ne connais finalement rien de lui. Du moins, pas grand chose.
Dans le lointain, un chien de ferme aboie. Voilà bien le dernier lien qui me relie à mon passé. Il y a sans doute une route là-bas. Une cheminée qui fume, des gens endormis dans le conforme. Ceux-là, évidemment, n'ont pas tout abandonné à la ville. Ils gardent une vieille blessure. Des habitudes ancestrales. Même si l'électicité a eu raison de leurs efforts d'être un peu différents. Il leur suffirait pourtant de lâcher une barque au milieu des marécages. De suivre les écorces rouges, le grognement des sangliers. D'apprendre l'humus qui leur colle aux doigts, les senteurs d'une terre en composition ou l'alignement du fleuve. Ne pas vivre avec mais dans ce qui les agitent au plus profond d'eux-mêmes.
Oncle Albert a laissé des lambeaux d'âme, en suivant juste la vieille route des Voyageurs.
Quant à tous les autres, pollués de l'intérieur, ils sont déjà morts. A répandre la même ombre noire sur les autoroutes, on ne voit plus que leurs os malades. Domptés, avalés par les gueules de l'enfer.
Du guinda, je hisse la voile. Oncle Albert écope encore l'eau des anguillets. Le soleil, d'abord timide a fini par percer depuis le haut des arbres. Je range les gaffes et l'aviron. Histoire sans doute d'avoir la contenance d'une vraie marinière. Clin d'œil du Capitaine.
Tout est maintenant une question d'attitude. De respect pour le bateau.
Ce matin, les flots ont pourtant la couleur du bief. Manteau de boue entre deux écluses. A tribord, le fleuve bouillonne les miasmes du marais avoisinant. Mais la couleur n'est pas ragoûtante. Au contraire, elle semble naître à la source, comme figée dans la mare aux secrets. Oncle Albert s'est débarbouillé le visage, les mains en corolle par-dessus la bordaille. C'est un geste naturel chez lui. Il a ce besoin vital d'être en communion avec les éléments. Ensuite, il a vérifié machinalement l'arrimage des barriques, tirant sur la corde d'un coup sec. Peu à peu, le ciel devient presque orange. Il titille les caribous. Le ramage des pins maritimes. Cette faune paludéenne qui embourbe les Voyageurs du bout du monde.
Passé la maigre de Saint-Aulnaye, la Guimbarde a soudain louvoyée en direction du sud. J'observe le ciel. Oncle Albert, le ciel à nouveau.
Il n'est pas encore six heures...

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